29 septembre 2007
La Pire d'entre elles
Il
y a des amies nocives. Il y a des amies qui vous laissent dans un état toujours
un peu moins concluant que celui dans lequel elles vous ont trouvé, au début de
la rencontre, du coup de fil, du mail. Il y a des amies qui vous font vous
poser les mauvaises questions, et qui font surgir les doutes que vous maîtrisez
d’habitude.
La
pire d’entre elles a cinq ans de plus que moi, sur son état civil. Dans sa vie,
elle est restée bloquée autour de l’adolescence éternelle, alors qu’elle s’achemine
douloureusement vers la trentaine. Depuis quelques années, elle est devenue un
fantôme un peu effrayant qui danse avec l’échec, qui s’aveugle dans le déni et
l’agressivité, qui a fait le vide dans sa vie. Qui n’a jamais aimé. Elle est
devenue de ces femmes qui se font disparaître à force de s’affamer, de ces
nœuds de douleur et de détresse qui vous laissent désemparée, pieds et poings
liés, à les regarder sombrer. Il faut accepter qu’il n’y a pas d’aide possible.
Pourtant,
au début, elle était gentille, elle était drôle, elle était jolie. Il y a 8
ans.
Elle
refuse de grandir, et de quitter cet état provisoire. Elle refuse de se donner
au monde.
Elle dit que ma vie n’est rien. Que mon bonheur est une illusion et tellement
temporaire ! Que ma santé est tellement fragile. Qu’Elixir ne se rend sans
doute pas compte de ce qu’elle entreprend. Que la Petite certainement aura
beaucoup de difficultés. Que les concours sont toujours ratés.
Elle dit qu’elle refuse d’abdiquer.
Elle dit, toujours, qu’elle va recommencer.
Elle commence, à n’en plus finir, elle recommence, inlassablement. Elle se
perd, en le sachant presque. Elle s’enfonce, en faisant mine de s’agiter.
Recluse dans son ombre, elle attend. Que les autres la rejoignent. Elle ment que vous avez beaucoup minci, vous aussi, elle ment que vous pouvez l’appeler si vous n’allez pas bien, vous aussi, elle ment que ce n’est pas grave si vous échouez cette fois-ci, vous aussi.
Elle n'entend pas, vous savez, la main que vous lui tendez, elle ne réalise pas, vous savez, l'isolement qui la cerne, elle ne veut pas qu'on l'aide, vous comprenez, puisqu'elle va tellement bien. Vous par contre, vous avez une petite voix...
28 septembre 2007
Où l'on révèle d'étonnantes choses sur la sexualité des lesbiennes (et où l'on assume d'être douteusement googlisable...)
Les
tabous de l’homosexualité, présentés par Karine Lemarchand, nous ont rappelé
plusieurs choses :
Que
quand on n’est pas à l’aise avec un sujet, ou du moins qu’on ne le maîtrise
absolument pas, il est souvent plus facile d’en rire que de le prendre au sérieux.
Que s’entourer d’invités très intéressants, de spécialistes très compétents ne
suffit pas à combler la vanité médiatique d’un traitement médiocre de telle ou
telle question.
Que les gays sont une
bande de folles nymphomanes, se regroupant en ghettos et passant leur temps à
se tortiller sur de la techno.
Que les lesbiennes, à défaut d’avoir une vraie sexualité, sont avant tout,
comme toutes les autres femmes de potentielles mères et n’existent réellement
que par ce biais.
Qu’il
est plus correct de passer ce genre d’émission à 22h30 plutôt qu’à 20h50…
… Et pour
cause : dans la première partie de l’émission il est plus vendeur de
parler agressions homophobes, drogue, prostitutions, backroom, et Mykonos, et
de réserver la vie de madame&madame ou monsieur&monsieur Tout-le-monde
pour la seconde partie, pour les seuls vrais concernés qui auront eu le courage
de rester, dans l’espoir qu’on parle de leur vie autrement que sous l’angle sea
sex and sun, les homos en bref, qui ne
sont pourtant plus à convaincre, eux.
Qu’on
évolue tout de même, un peu, puisque l’homosexualité n’est plus ce
« douloureux problème » d’il y a 30ans, mais envisageable aussi en
terme de sentiments amoureux, de construction familiale et d’ordinarité.
Je
suis consciente qu’il ne s’agit pas de condamner ce genre d’émissions, qui ont
au moins le mérite d’exister. Qu’en tant qu’homosexuelle, je suis forcément
plus réactive à la moindre bourde commise dans ce genre de
« vulgarisation ». Cependant, il demeure quelque chose qui m’atterre
réellement :
Karine
Le Marchand : - Aïe aïe aïe, comment vais-je tourner ma question ?
Bon tant pis je me lance : être lesbienne implique-t-il un rejet du
pénis ? Mais comment peut-on être épanouie sexuellement sans
pénétration ? Parce que sans objet, c'est impossible quand même!
Comment
te dire Karine… Comment te faire comprendre ce que visiblement, tu ne parviens
même pas à imaginer, ce que visiblement, tu ignores à tel point que je crains
personnellement pour ton propre épanouissement sexuel…
Quelques
citations peut être :
«
Comme l’explique Marina Castaneda, les pratiques sexuelles les plus
répandues sont la pénétration vaginale avec la main, le cunnilingus, ainsi que
les caresse clitoridienne (…) (Comprendre l’homosexualité 1999). Quant au
fameux point G, si tant est qu’il existe, il est plus « accessible à la
stimulation digitale qu’au frottement du pénis » affirme le sexologue
Gilbert Tordjman (La femme est son plaisir, 1986). Il n’y a donc aucun obstacle
anatomique au plaisir lesbien. »
Stéphanie
ARC, Les Lesbiennes, 2006 – Editions le Cavalier Bleu, coll. Idées reçues.
« Les
mains et les doigts, c’est parfait pour les préliminaires, mais pas de queue
égale pas de sexe. Autrement dit, si le plaisir vient des mains (pénétration
des doigts, du poing ou masturbation), il « ne compte pas » ?
Allons donc… Les mains sont adroites. Les doigts sont mobiles. Ils sont
capables d’attouchements et de mouvements infinis et ils accèdent au point G
beaucoup plus facilement que le pénis. »
Félicie
NEWMAN, Les Plaisir de l’amour lesbien, 2004 – Les Presses libres, coll. Le
Sexe en liberté.
Comprends tu mieux, karine ? Comprends tu mieux petit macho qui me demandais comme nous faisions, qu’il nous fallait bien un mec quand même ? Comprends tu mieux ma sœur, qui pensais que je n’avais pas forcément besoin d’un suivi gynécologique au même titre que toi ? Comprends tu mieux toi qui pensais que nous étions finalement toujours vierges ?
25 septembre 2007
Swimming Pool
J’aimais par dessus tout
arriver la première au bord du grand écran bleu.
Quand sa surface tendue laissait apparaître nettement tout le quadrillage du
carrelage en dessous.
J’aimais par dessus tout être la première à crever cette toile, à dissoudre
l’unité du rectangle turquoise, en un éparpillement de microbulles d’oxygène
qui venaient effleurer mes joues.
Le
latex enserrait mon front et les lunettes étanches exorbitaient mes yeux. L’eau
éventrée se refermait derrière moi, et les bruits hors du bassin devenaient
vibrations.
Le
premier mouvement de bras était décisif, déterminait la coulée de toute la
longueur, le rythme de la séance.
Dans l’eau c’était le calme, et la résistance à l’effort. L’important c’était
le temps, le temps du souffle, le temps du geste, et rien d’autre. Sans le
temps sous l’eau, on s’asphyxie. Il y avait ceux qui ne tenaient pas la
distance, il y avait ceux qui ne tenaient pas la cadence, il y avait ceux qui
ne se laissaient pas dépasser. Je n’écoutais que le son de mes inspirations, et
expirais au tempo imprimé par mes battements de jambes.
Longtemps, j’ai pu
nager des heures durant, sans fatigue, sans à-coups, régulièrement, sans que
cela ne fasse plus d’effet à mon corps que le simple fait de marcher, comme si
l’eau eût simplement été mon élément naturel.
La
première crampe fut la première trahison.
24 septembre 2007
Les proses noires du chat (5)
Chute avant midi.
Légèreté
du mouvement qui choit, froid du carrelage qui heurte sa tête.
Elle n’est pas folle, regardez, elle ne suffoque
même pas,
Mais l’anarchie réglementaire reprend aussitôt ses
droits.
Elle va se noyer si je la laisse.
Je suis le chat noir comme ses désirs qui tirent
son âme au fond d’elle,
bleue de froid, d’effroi.
Où est l’âme elle-même qui s’est trahie?
obsession
de l’erreur étouffante, oppressante, annihilante.
Où est l’âme dans ce fatras d’incertitudes
clandestines et réfugiées au plus profond,
très profond
d’elle qui ne sais plus où aller, comment faire,
que dire et que penser pour aimer.
où sont
les mots ?
Elle ne sait plus dire, ni écrire, ni penser, ni aimer.
mains bien à plat sur la table,
et la montre,
et le temps,
savez-vous de quoi elle parle ?
Tout ne peut pas être
mesuré,
tout ne peut pas être
construit,
on peut vivre dans des
ruines, dans du carton pâte, sur un terrain vague.
quoi que vous pensiez
Elle est très belle, elle aussi,
très pure elle aussi,
il y a dans sa jouissance quelque chose d’immaculé
qu’au moins elle possède
que vous ne voyez pas,
enfermés que vous êtes dans des codes qui ne sont
pas les vôtres.
aux tempes et aux poignets de fer blanc.
l’extatique pouvoir de la déraison sombre et
mielleuse est là.
Doucement, entendez-vous,
tout est artificiel,
il faut beaucoup penser pour ne plus penser,
pour ne plus dire,
pour sentir,
pour exprimer seulement
la solitude du néant obscur du bric-à-brac de la
pensée nubile et fraîche
qui tord ses mains dans ses cheveux d’or en un
poison.
brouillard dense et insondable silence,
silence bruyant et assourdissant du chat.
Où est-elle dans tout ça?
L’essoufflement arrive,
inspiration,
expiration,
suffocation,
la fin.
Les larmes qui lui dérobent son essence,
rattrapez son âme qui coule sur le sol…
Dîtes lui
qu’elle n’est plus, tout à coup,
Qu’elle s’est dématérialisée, désubstantifiée.
Le chat est tombé, je suis son seul monde, son
unique moi qui tombe et s’effrite.
20 septembre 2007
Brève d'Aixoise
Aix en Provence, rue Boulegon, 16h00.
Deux gamines d'une douzaine d'années, en jean's baskets avec leur Eastpack sur le dos, sortent des cours.
Au moment où nous nous croisons, l'une des deux lance à l'autre
"-Pfff! J'ai pas touché un mec depuis la rentrée moi!"
19 septembre 2007
La Question humaine
de Nicolas Klotz, avec Mathieu Almaric, Michael Lonsdale.
J'ai été mise très mal à l'aise par ce film, je ne m'attendais pas du tout à ce genre de propos.
En substance: l'entreprise, le capitalisme et les rapports qui s'y créent constituent une nouvelle forme de fascisme totalitaire.
Cela présente au moins le mérite d'analyser les processus de déshumanisation pouvant découler de l'évolution des grandes entreprises. Cependant, le parallélisme direct entre l'extermination des Juifs dans les camps nazis et la destruction psychologique des travailleurs au sein de l'entreprise m'a semblé à certains égards par trop excessive.
En outre, nous nous voyons imposé, longuement, et violemment, le récit détaillé des procédés de gazage des déportés par les ingénieurs nazis, et j'estime personnellement avoir le droit de ne pas vouloir subir ce genre de récit pour avoir conscience de sa réalité.
Pour autant,le film est très bien interprété et analyse assez finement la violence des relations si policées dans l'entreprise.
Cependant, hormis le caractère discutable du propos, le film est émaillé de scènes très longues dont l'intérêt ne semble pas primordial: la plainte déchirante du chanteur espagnol par exemple.
C'est un film radical, qu'on y adhère ou pas.
13 septembre 2007
Panique générale
Mes petits canards, je vous abandonne quelques jours encore: je suis convoquée lundi et mardi aux oraux de l'EN3S, autant vous dire que le stress, la panique et le manque de temps sont à leur comble!
Par conséquent, je vous dis à mercredi (mais je ne sais pas dans quel état vous me retrouverez alors...)!
Pour les aixois toutefois, notre délégation SOS Homophobie présente un stand dimanche sur le cours Mirabeau, venez donc jeter un oeil...
11 septembre 2007
Les proses noires du chat (4)
Je suis le chat, qui tourne
dans sa tête,
je regarde le monde autour et le temps qui s’enfuit
vers la forêt de murmures ourdis
qu’elle ne veut, qu’elle ne peut entendre,
et qui souffrent sa tête dont le sang cogne aux
tempes bleues d’effroi,
face au vide, face au désert, face au rien,
face à la détresse de se savoir toute seule,
perdue.
La lumière
a une fin, quelque part il y a de l’ombre,
il y en a
toujours eu,
ce n’est
pas beau l’ombre,
il faut
cacher l’ombre,
ne pas
dégénérer, se maintenir, exister dans ce que l’on doit être.
Aller,
aller bien comme il faut.
Les
obsessions ne nous dirigent pas.
La raison
nous guide.
Raisonnable.
Soyons raisonnables et rationnels.
N’ayons
besoin de rien d’autre que cette raison qui parle toute seule maintenant.
Tout va s’arrêter, un jour il y aura un fond, il
faut descendre très lentement,
ne plus penser, ne plus penser,
ne pense plus,
désolidarise-toi, dématérialise-toi
elle n’est plus un, elle est tout.
L’étendue l’espace et le temps,
Elle ne se donne plus, tout se donne à travers
elle.
Moi,
moi,
je ne suis
pas moi, ce n’est pas moi,
dîtes-moi,
moi n’est pas, moi n’existe pas.
Elle divague, elle se perce, se creuse, s’écroule,
elle s’effondre, elle n’est rien,
elle est une illusion que les autres perdurent.
qu’elle disparaisse,
je ne peux plus la suivre.
Elle n’existe pas, ou elle existe trop,
elle a peur,
oui mais terriblement peur,
d’être trop ou pas assez,
elle tremble et suffoque, s’étrangle quand je vis,
elle a très mal,
elle est enfermé dans ce qu’elle n’est pas,
elle ne se désolidarise pas du reste.
06 septembre 2007
Le fils
Qui es-tu, toi qui m’appartiens un peu ?
Qui es-tu, toi que je ne connais pas ?
Qui es-tu, toi l’aîné dont je cherchais l’ombre, toi le frère dont on ne parle
pas ?
Nous ressembles-tu ?
As-tu son nez ? As-tu son front ? As-tu ces mains
immenses que nous avons ?
As-tu cette force ?
Qu’as tu appris sur lui ? Que penses-tu de lui ?
Sais-tu que tu es une partie qui me manque ? Que sans
le savoir, j’ai toujours eu une confuse conscience de toi ?
Sais-tu que j’ai été celle qui a dû le consoler de
toi ?
Sais-tu que j’ai été élevée comme un garçon ? Moi la
sacrée fille pas comme les autres.
Sais-tu qu’il ne voulait pas d’autres fils ?
Sais-tu que j’ai toujours l’impression d’être une imposture ?
Où es-tu, toi que je ne connais pas ?
Où-es-tu, toi qui m’appartiens si peu ?
Où es-tu, toi l’aîné dont je cherche l’ombre, toi le frère
dont on ne parle pas ?
05 septembre 2007
Lili
"for every step in any walk
any town of any thaught
i'll be your guide"
AARON, Lili, 2006.



