Je crois que je vais faire un blog...

vie et moeurs d'une jeune goudoue in heteroland... reflexion intense, procrastination démente, engagement furieux, contemplation, dégustation, inspiration.

30 novembre 2007

La dernière prose du chat

Je suis le chat qu’elle a tué,
Au clair de lune,
Un soir d’été.

Je suis le chat qu’elle a vaincu
Fière et lointaine
Idiote et lâche.

Vaine d’essence, elle se libère,
Dernière chaîne et derniers liens
Vit-on mieux nue ?
Je lui demande.

Vit-on mieux seule ?
Vit-on mieux vide ?

Vit-on mieux loin, et hors de soi ?

Toutes ces années à l’éduquer,
Toutes ces années à la meurtrir
Toutes ces années à lui apprendre
De quelle souffrance elle était faite.

Toutes ces années dont elle est lasse
Toute ces années qu’elle me renvoie
Toutes ces années pour qu’elle existe
Sans oublier qui elle était.

Affranchie de moi, les peines auront le même goût
Pourtant.
Affranchie de moi, les imbéciles joies étoufferont son être
Alors.

Mais elle se rit
Mais elle se moque
De moi.

Moi,
Dans l’herbe grasse je m’éteins
Dans la nuit pâle, elle se perd.

Je suis le chat
Qui la hantera
Au clair de lune des soirs d’été.

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Choc esthétique

J'avais passé la soirée avec cet ami, autour de quelques pintes, dans la chaleur et la convivialité du seul pub digne de ce nom à Aix (au Bulldogge comprenez). Il m'avait dit que quand il lisait Yourcenar... et il avait juste esquissé un grand mouvement, comme pour exprimer la fluidité, ou l'emportement, je ne voyais pas bien, je ne connaissais pas Yourcenar alors.

En rentrant au milieu de la nuit, à défaut d'être fatiguée, et comme de toutes façons, mon lit était froid et vide de l'absence temporaire d'Elixir, je me suis emparée, avec curiosité, du petit livre qu'il m'avait offert quelques semaines auparavant, pour mon anniversaire.
Anna, Soror... de Marguerite Yourcenar.
"Elle était née à Naples en l'an 1575, derrière les épaisses murailles du fort Saint-Elme dont son père était gouverneur."

Et dès ces premiers mots j'ai compris. C'était la phrase parfaite, qui se déroulait et raisonnait en moi comme une évidence, où rien ne manquait, où rien n'était en trop. La phrase pure, qui dressait les murailles, qui remontait le temps, qui faisait entendre presque les cris de l'accouchée et le vent qui sifflait sur les pierres. J'ai pensé à Stendhal d'abord, et puis je me suis laissée emportée au fin fond des désirs d'Anna et Miguel. J'aurais voulu pleurer de la beauté de ce texte tellement je ne croyais plus que ça pouvait encore m'arriver, me faire un tel effet, de découvrir un auteur. De ceux qu'on reconnaît aux toutes premières syllabes, de ceux qui vous prennent par la main, et semblent vous dire, viens, écoute moi, après moi l'écriture ne sera plus jamais la même.

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28 novembre 2007

La chambre des Morts

la_chambre_des_mortsd'Alfred Lot, avec Mélanie Laurent, Eric Caravaca, Gilles Lelouch...

Je suis allée voir ce film avant tout pour Elle, Mélanie Laurent qui m’avait tellement émue et troublée dans le magnifique Je vais bien ne t’en fais pas de Philippe Lioret.

Je n’ai pas été déçue dans la Chambre des Morts, qui je crois a encore accentué ma légère obsession du moment pour cette actrice. La scène de la douche à elle seule, sans qu’on voie grand chose, est d’un érotisme qui m’a fait rougir dans un film tel que celui-là.

La culpabilité est encore au rendez vous, avec un schéma très similaire à celui du Rêve de Cassandre d’Allen. La vie d’un homme contre la fortune. Celui qui s’en arrange, celui qui n’y arrive pas, et la fin tragique.

Mais c’est un film à tiroirs, au cœur de tout cela, il y a le thriller, le vrai, qui est lui aussi terriblement bien mené. C’est un film très noir, que le personnage bien nommé de Lucie illumine juste ce qu’il faut. C'est très angoissant, le tout début notamment. Nous n'étions que trois ou quatre dans la salle à cette séance de 14h en pleine semaine, et j'ai retrouvé les sensations des séances quasi-quotidiennes et confidentielles des Studios à Brest... Un tel silence et une telle tranquillité sont si rares et si précieux dans les cinémas aixois...

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27 novembre 2007

Le rêve de Cassandre

le_r_ve_de_cassandre

De Woody Allen avec Colin Farrell, Ewan McGregor, Thomas Wilkinson...

Un thème récurrent en ce moment au cinéma, la culpabilité. Croisé tout dernièrement chez Gus Van Sant, et chez Alfred Lot (dont je vous parle bientôt : j’ai tout plein d’articles cinéma en retard).

Un ami me disait l’autre jour que les névroses d’Allen le fatiguaient, moi pas, peut être parce que j’ai un peu les mêmes que lui.

Il s’agit donc dans le rêve de Cassandre d’une histoire d’engrenage, de culpabilité et de dérapage. Tout est réuni pour faire un excellent Woody Allen à mon sens. Certes, un peu long, comme souvent, l’impression que ça ne va jamais commencer, et jamais finir. Mais tellement bon malgré tout !

J’y ai retrouvé un petit peu de l’univers de Match Point, avec l’intrusion d’un personnage d’origine populaire, ou modeste, dans les sphères plus huppées de la société anglaise, avec tout le malaise que cela peut engendrer et qu’Allen nous dépeint si bien. D’ailleurs, à bien y réfléchir, les mécanismes à l’œuvre dans le Rêve de Cassandre font écho de façon assez insistante à ceux de Match Point. Ce côté fatal de tel ou tel engrenage, qu’il s’agisse du jeu, du mensonge, ou du meurtre.

Aux amateurs du genre, je vous le conseille.

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20 novembre 2007

Les proses noires du chat (8)

Je suis le chat qui lui rappelle qu’elle fait partie de ceux qu’on tue.
Je suis le chat qui lui rappelle
Qu’elle fait partie de celles qu’on noie.
Je suis le chat qui lui rappelle
Qu’elle fait partie de ceux qu’on juge,
De celles qui perdent, de ceux qu’on brise, qu’elle fait partie de ces combats.

Je suis le chat qui lui hurle le mépris de ceux-là
Quand elle souhaite ne plus y penser.
Qui lui aliène l’esprit
Quand elle oublie
Qui crache
Sur elle.
Lâche !

Dis-moi,
Serais-tu de ceux
Qui résisteraient alors ?
Ou te terrerais-tu dans ce silence
Cette indifférence qui cache son nom
Dans cette trahison passive qui détourne les yeux ?

Quel est ton sang ?
Je lui demande.
Pour l’empêcher de s’assoupir,
Et de céder au ronronnement des abstractions et de la science.

Sous ses yeux faibles je figure
Les chiffres en êtres, les mots en hommes.
A ses oreilles je fais crier
Les phénomènes qu’on théorise.

Pour que l’ordinaire
De l’horreur toujours la terrorise,
Je fonds en elle la culpabilité brûlante de ses jours,
Qui coule sur elle et fige ses veines.

Je suis le chat qui lui rappelle
Ce qu’elle consent en se taisant.
Je suis le chat qui lui rappelle
Ce qu’elle admet en abdiquant.
Je suis le chat qui lui rappelle
Ce qu’elle conforte en ignorant,
ce qu'elle soutient en s'enfuyant et que l'histoire lui reprochera

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15 novembre 2007

Les Promesses de l'ombre

promesses_de_l_ombreDe David Cronenberg, avec Naomi Watts, Vincent Cassel et Viggo Mortensen.

Je n'ai pas vraiment l'habitude d'aller voir des films noirs, disons qu'en général, ce n'est pas ce qui m'attire, mais là, il s'agissait de la mafia russe, c'était Cronenberg, il y avait Naomie Watts et c'était un point de vue "féminin" qui était adopté (tant celui de la sage femme que celui de la défunte dans son journal).

Et je n'ai pas été déçue.
Sombre et glauque à souhait, de grands effets, les codes fascinants de la mafia qui nous sont exposés, sans parler de la densité des personnages, qu'il s'agisse de la sage femme, un peu âme blessée, de l'ambiguité du chauffeur/indic et de la fébrilité extrême du jeune "prince" du milieu. A tout cela, s'ajoute la relation si ténue, mais si réelle et charnelle entre Cassel et Mortensen, ou tout est suggérée, ou rien n'est dit, ou tout est ressenti. J'ai été très impressionée de tout cela.

Il y a juste ce besoin, que je ne comprends pas forcément, chez Cronenberg, cette obsession à vouloir nous faire regarder la violence et l'hémoglobine bien (trop) en face. Je trouve que parfois, ça décrédibilise un peu le propos, mais ne boudons pas notre plaisir, cela ne m'a nullement gâché le film.
Bien plus que History of Violence donc, j'ai adoré Les Promesses de l'Ombre.

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13 novembre 2007

Démocratie quand tu nous tiens...

A l'Université de Rennes II, lors d'un vote à bulletins secrets sur la poursuite du blocage comme moyen d'action contre la loi Pécresse, plus de 3200 personnes se sont prononcées, dont 66% ont voté contre ce blocage. Qu'importe, la Coordination Nationale Etudiante bloquera quand même la fac, en traitant évidemment les opposant de fascistes...

Petite anecdote personnelle et égocentrique.
En 2006, lors des manifestations anti CPE, les étudiants de la fac de lettres d'Aix en Provence s'étaient rendus à l'Institut d'Etudes Politiques où j'étudiais alors, pour tenir une AG sur les modalités de la contestation étudiante. J'y avais assisté et voté, à main levée, pour la grève, mais contre le blocage de l'IEP, considérant que les non gévistes avaient le droit de continuer à venir en cours, s'instruire et travailler leurs examens qui approchaient. J'avais pu constaté l'élégance et le fair play des syndicalistes étudiants alors, qui huaient les opposants à la gèves et/ou au blocage en les traitants de fascistes, et de moutons de panurge. Très sain comme contexte de prise de décision et d'expression d'opinion, n'est-il pas?

Parmi les revendications de cette Coordination, outre l'abrogation de la Loi Pécresse, le retour aux 37,5ans de cotisation pour tous et la suppression des droits d'inscription universitaires.

Admirez cette cohérence: cotiser moins longtemps mais bénéficier plus encore des largesses de l'Etat. Les frais d'inscription représentent une somme non négligeable, certes, mais une somme déjà bien allégée par l'intervention de l'Etat et le jeu de la solidarité nationale, il n'est besoin pour se rendre compte de cela que de comparer les coûts des formations initiales, subventionnées par l'Etat et des formations continues à la charge de l'étudiant. Une logique pleinement solidaire irait même dans ce sens, attention ça risque de faire mal: il faudrait augmenter les droits d'inscription pour être tout à fait juste.

Considérant en effet que l'accès au études supérieures est pour grande partie fonction de la catégorie socioprofessionnelle des parents, mais que les fonds injectés par l'Etat pour préserver la relative gratuité des études supérieures proviennent indifféremment des cotisations sociales versées par toutes les catégories socioprofessionnelles en France, on peut conclure que relativement à leur taux de chance de voir un jour leurs propres enfants sur les bancs de la fac, les ouvriers cotisent plus que les cadres qui eux sont quasi certains de voir un jour leur rejeton licencié en telle ou telle matière.
Une augmentation des droits d'inscription poserait certes un problème de seuil, dans la mesure ou les non boursiers, d'origine modeste juste au dessus du plafond d'attribution des bourses verraient leurs opportunités d'aller à l'université grandement altérés par ces droits d'entrée.
Mais c'est justement sur ce seuil qu'il faudrait pouvoir jouer, en le relevant et en instituant des mécanisme de progressivité ou de proportionnalité. La solidarité elle se fonde là, il me semble, dans notre capacité à générer une certaine "égalité des chances", à tous points de vue.

On ne peut pas demander la gratuité totale de l'université, tout en lui demandant d'être un tremplin efficace vers l'emploi, doté de réelles qualités professionnalisantes, l'accuser du taux de chômage des jeunes diplômés, bloquer le campus au moindre prétexte et s'inscrire en inlassablement en fac de psycho...

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11 novembre 2007

"Mamie" je l'appelais

Cela faisait bien 10ans que ne n’y étais pas allée et je ne sais pas vraiment pourquoi j’ai demandé à ma mère de s’y arrêter, le week end dernier.
A peine avais-je passé la grille et détourné les yeux devant le vieux monsieur qui agitait sa timbale en ferraille pour le souvenir français, cette bouffée d’hypocrisie bien connue m’a reprise à la gorge. Quelle comédie que cet unique pèlerinage annuel sur les tombes de nos défunts.

Pourtant devant sa tombe, devant ma défunte, une sensation inconnue m’a saisie.
Une impression douloureuse et oppressante de me retrouver vraiment face à elle, après plus de dix ans d’absence. Seule, face au marbre rose gravé de son si joli prénom et de son nom si douloureux, face à la modestie des honneurs de notre famille si peu nombreuse, trois enfants, trois pots de fleurs, et le mien, l’aînée des petits enfants, la seule qui se souvienne suffisamment d’elle pour pouvoir le faire. une immense tristesse m’a submergée à nouveau. Est-ce possible d’encore pleurer ses morts au bout de quinze ans ? Je n’ai pas compris ces larmes qui roulaient sur ce deuil fait depuis si longtemps. Un tiers de ma vie avec elle, deux tiers sans, c’est évident, on s’habitue. Alors pourquoi ? Pourquoi là, à ce moment exactement, devant sa tombe, comme un phénomène mécanique, automatique ? Ce n’est pas faute d’avoir sa photo devant mon bureau, ce n’est pas faute d’y penser tellement souvent. Que s’est-il passé alors, devant sa tombe, en ce jour de circonstances, tellement convenu…

En réalité, j’ai eu l’étrange impression de reparaître, moi, devant elle après dix ans de fuite. La petite fille un peu ingrate qui ne prend plus la peine de visiter sa grand mère. Et d’attendre, là, dix ans après, son jugement. Son regard posé sur moi. Voilà ce que je suis. Qu’en penses-tu ? La peur diffuse qu’elle me considère comme une étrangère désormais, trop lointaine, trop différente, comme trop consciente de qui elle était vraiment. Mais elle est morte, et tout cela n’existe pas, en vrai. Nous serions nous aimées si elle avait vécu ? Serait-elle fière de moi ? Ou aurait elle honte de ma vie ? Aurais-je su faire la part des choses entre ce qu’a subi ma mère et la grand mère qu’elle était ? Aurais-je su ne pas juger ce qui ne m’appartenait pas ? Aurions nous su respecter notre relation ? Les voyages en bus, les chocolats chauds trop chocolatés, les moustaches de grenadine au bistrot, les éclats de rire si communicatifs, le coups de peigne trop sévères, et cette dureté de mère en fille qui tarit les silences et les tendresses trop démonstratives, aurions nous su s’aimer de cela ?

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07 novembre 2007

Paranoid Park

Paranoid_ParkDe Gus Van Sant, avec Gabriel Nevins, Jake Miller, Daniel Liu...

Je crois que je n'adhère décidément pas à Gus Van Sant.
Ce n'est pourtant pas faute d'avoir adoré Elephant et d'en être restée très marquée (trop?). Mais dans la foulée, j'avais vu Gerry, qui m'avait à ce point refroidie en ennuyée que j'avais refusé net d'aller voir Last Days au cinéma. Pour autant, la bande annonce de Paranoid Park m'avait attirée. J'y suis donc allée, en compagnie de la Petite, qui faisait elle son baptème Van Sant, et qui, contre toutes (mes) attentes, a beaucoup aimé.

Je ne comprends pas trop ce que j'ai à redire sur Paranoid Park: j'ai trouvé ça très bien joué, magnifiquement filmé, les thèmes de la culpabilité, de l'isolement, de la solitude y sont parfaitement traités je trouve, mais... Mais quoi? Je ne sais pas, je crois juste que c'est la "marque de fabrique" Gus Van Sant qui ne me transcende pas tant que ça finalement (honte à moi). Les ralentis, les images récurrentes, au sein du film et même d'un film à l'autre, le silence... Bref, je l'avoue, je me suis monstrueusement ennuyée, tout en m'en sentant coupable en plus, et d'autant plus quand à la sortie j'ai pu recueillir les avis enthousiastes de la Petite!

Il doit y avoir quelque chose dans ses films qui m'échappe. Ou bien alors, j'essaye juste de retrouver l'émotion d'Elephant dans chacun des ses autres films, qu'il n'est peut être possible d'éprouver qu'une seule fois, la première... Ou bien c'est juste une question de sensibilité... J'ai trouvé cela facile en fait. Tellement facile pour lui de reprendre sans cesse les mêmes codes, les mêmes "recettes" qui marchent... Pourtant, je suis bien consciente que tous mes réalisateurs préférés font de même: Inarritu, Chabrol, Almodovar, Ozon (encore que, pour Ozon, c'est plus subtile je trouve)... Donc finalement, c'est sans doute juste une question d'affinités. Je n'accroche décidément pas à GVS, sauf Elephant, au Panthéon. Bon, tant pis pour moi.

Posté par polysemie à 11:30 - Polysémie va au cinéma - Commentaires [5] - Permalien [#]

02 novembre 2007

Les proses noires du chat (7)

Je suis le chat, au fond de son ventre, qui sort les griffes quand elle oublie.
Ca lui fait mal, et je le sais,
Ca lui fait peur, et c’est exprès.
Mais je veux que toujours elle entende le ronronnement de mes entrailles.

Je cohabite en elle avec la somme qui la nourrit et qu’elle ignore.
Tout ce qu’elle pense ne pas savoir,
tout ce qu’elle croit en dehors d’elle.
Je cohabite en elle avec les fautes enfouies, avec les craintes prohibées,
Et qui m’écrasent sans qu’elle le voit
Et qui m’étouffent sans qu’elle le sache.

Sa conscience est un puit, dont elle n’a jamais vu le fond.
Sa vie est un abîme, qu’elle dit ne pas connaître.

Mais moi je le sais, mais moi je comprends
Ces gardes fous oubliés qui limitent sa pensée
Ces sensations métalliques qui se sont effacées.

Quand elle se croit libre je resserre l’étau
De mes yeux sur ses jours.
Quand elle se croit jeune je creuse un peu plus
Les failles qui la saignent.
Quand elle se croit loin j’arrache un morceau
De la distance qu’elle imagine.

Elle dit pourtant qu’elle est forte, et que sa vie ne connaît d’assauts
Que ceux répétés de sa volonté.
Qu’elle est tout ce qu’elle a,
Qu’elle veut tout ce qu’elle est.

Elle dit pourtant qu’elle se moque d’être sans correspondre
Au miroir qu’on lui tendait.
Orgueilleuse et sans subir elle prétend avoir le choix.

Quand vous la voyez lisse comme le marbre
Je sais les humeurs fluides qui la ravagent.
Quand elle relève la tête, je lui dérobe les jambes,
Et à genoux, je la soumets,
loin de vos regards.

Puisque parfois, tout de même, il est bon qu’elle se torde,
D’angoisse et de remords.
Sinon comprenez que je suis seul, que je ne suis rien, et que je meurs.
Imaginez-la, sans attache ni souvenir,
Imaginez-la vivre sans savoir ce qui la tient…
Comprenez que ce sera pire encore, et que sans moi elle se perdra.

Je suis le chat, au fond de son ventre, qui sort les griffes, pour qu’elle survive.

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