25 juin 2008

Choisir...

Alors voilà, un jour il faut s’y résigner, un jour il faut faire un choix.

Après avoir consciencieusement organisé toutes mes études depuis mon baccalauréat pour justement ne pas avoir à choisir, me voici, 6ans plus tard, à devoir me frotter à mon tour à la Décision.

Je suis entrée en classe préparatoire littéraire pour suivre une formation généraliste, élitiste, approfondie et réputée. Je suis entrée à science po pour suivre une formation généraliste, élitiste, réputée, et qui me donnait les clés de compréhension essentielles du monde dans lequel je vis.
Je suis entrée en prépa concours pour présenter des concours sociaux de cadre de direction (catégorie dite "A+"), pour à la fois remplir une mission de service public, travailler dans le domaine du social qui m’est cher, avoir des responsabilités et un pouvoir décisionnel important, et (très) bien gagner ma vie.
J’ai échoué, une fois.
Je recommence donc cette année. Je repasse ces concours dans moins d’une semaine, je ne m’étalerai pas sur le stress et la pression que je m’inflige en ce moment à ce sujet.

Mais, n’étant pas complètement obtuse, et prévoyant un éventuel second échec, je me suis ménagée des portes de sortie.

L’une dans le public : un concours administratif, de catégorie A, proposant des postes sans grand intérêt, des salaires pas forcément reluisants (du moins en décalage avec ce à quoi j’espérais pouvoir prétendre après 5 ou 6ans d’études), un manque de reconnaissance professionnelle évident (il suffit d’expliquer qu’on présente les concours administratifs pour se faire traiter de planquée…).
Mais, la sécurité de l’emploi, des avantages sociaux certains (comme l’illustrent mes cours sur la sécurité sociale, je commence à connaître le dossier), l’emploi du temps confortable et propice à une vie familiale épanouie, et puis la bonne conscience d’effectuer une mission de service public (mais pas forcément dans le social) (et surtout pas à des postes de direction). Concours décroché.

L’autre dans le privé: un Master 2 (ex. DESS) de management, en apprentissage, dans une institut assez réputé (quoiqu’en deçà des grandes écoles de commerce) et très reconnu, au recrutement assez sélectif, proposant des postes motivants, et concrets, de management, d’encadrement d’équipe, de direction de projet voire d’entreprise à terme, des salaires de débutants équivalents à ceux qui sont versés aux cadres de direction débutants dans la fonction publique (soit 60% de plus que les salaires proposés par mon concours catégorie A), une aussi bonne reconnaissance sociale que si j’étais cadre de direction dans le public.
Mais le Risque. Le risque de ne pas trouver d’emploi à la fin de l’apprentissage, le risque de n’être plus aussi bankable sur le marché du travail dans dix ans que maintenant, le risque d’y sacrifier ma vie privée. Entrée en Master 2 décrochée aussi.

Moi qui espérais presque n'avoir pas à choisir encore, n'avoir que l'un, ou l'autre, (ou aucun, dans mes pires cauchemars), moi qui me disais que si je pouvais plaire à l'un, il serait difficile de plaire à l'autre en même temps, moi qui sous estimais visiblement ma capacité à faire le caméléon...

Au milieu de tout cela, de ces deux alternatives, il n’y a pas que moi, ce serait trop simple, encore que…

Il y a le fait qu’Elixir ambitionne de devenir avocate, et de ne pas compter ses heures elle non plus, il y a ma crainte de toujours avoir le rôle de « la femme au foyer » en étant fonctionnaire, d’être aigrie de n’avoir pas autant de reconnaissance sociale qu’elle  (et oui, c’est important pour moi, ça l’a toujours été) et de développer un complexe d'infériorité, pire, une rivalité malsaine. Ou au contraire que nous ne nous croisions plus qu’en coup de vent à cause de nos emploi du temps chronophages à chacune, en étant comme elle dans le privé.

Il y a le fait que j’ai été élevée dans le culte de l’effort et de l’ambition, du dépassement de soi et de l’indépendance. Que l’ambition de mon père à mon égard m’a toujours poussée en avant, m’a toujours fait mépriser le « confort », la « routine ", au profit de la carrière, du prestige, de l'argent et de la reconnaissance (oui, je suis une fille carriériste, et oui, j'aime (dépenser) l'argent aussi, oui je suis une fille bourrée de testostérone ;) (humour inside)).  Mais aussi dans le respect de l’Etat, du service public et la conscience de mes origines, et qu’il ne s’agit pas tant de gagner de l’argent à tout prix, que de pouvoir se regarder dans la glace chaque matin en étant intimement convaincue que son action est juste, que son but est moral, au sens laïc du terme évidemment.

Au milieu de tout ça, il y a les amis et la famille qui disent bien me connaître, et mal m’imaginer dans la rigidité du public, et dans la frustration du travail pas toujours reconnu à sa juste valeur.

Au milieu de tout ça, il y a les conseillères sages et éclairées, qui m’affirment qu’un jour mes priorités changeront, que lorsque je voudrai ou que j’aurai des enfants, l’essentiel ne sera plus sur mon CV ou sur mon compte en banque, mais dans mon ventre et dans le temps que je pourrais réellement consacrer à ma famille…

La seule solution combinant tout ce qui m’attire dans chacune de ces alternatives, en en évitant la plupart des écueils, serait de réussir cette année là ou j’ai échoué il y a un an. Dans l’idéal, je pourrais repousser encore un peu le choix, en espérant ne pas avoir à le faire en cas de succès aux concours A+, donc… Mais les résultats des concours A+ ne seront connus qu’en octobre, ou en décembre, d’ici là, je dois savoir où je fais ma rentrée de septembre, je dois anticiper, et je dois signer, pour le public, ou le privé, dans les semaines qui viennent, au cas où l’échec sonne à nouveau à ma porte cet automne.
Choisir donc...

Posté par polysemie à 15:39 - - Commentaires [12] - Permalien [#]


Commentaires sur Choisir...

    pffiou quel choix...
    en même temps rien n'est définitif...
    je crois que maintenant les concours peuvent être passés sans limite d'âge alors que l'entrée dans ce dess t'est proposée aussi en fonction de ton statut actuel (et donc de ton jeune âge, non?)
    bon moi je dis ça je dis rien
    mais il semblerait que par endroit ton choix soit fait
    (et encore: rien n'est définitif et ad vitam)
    bizz

    Posté par emy, 25 juin 2008 à 20:07 | | Répondre
  • Fonctionnaire de catégorie A, je suis pas loin cette année d'avoir les horaires d'un avocat. Même si je n'en ai pas le salaire. Mais après 4 ans dans l'administration, je gagne le double de ma soeur avec son bac + 5 dans le privé.
    Et je suis dans un ministère social

    J'espère avoir pu t'aider un tout petit peu.

    Posté par marieàtoutprix, 26 juin 2008 à 15:28 | | Répondre
  • @emy: si le choix est déjà fait, je dirais que ça dépend des heures de la journée ou de la nuit, les peurs nocturnes me prennent toujours à ce sujet. Certes, l'entrée en M2 ne me sera plus jamais reproposée, mais en signant pour l'administration publique, je me réserve la possibilité de repasser une troisième fois, en interne cette fois, donc dans de bien meilleures conditions, les concours A+... Chose que je ne ferai plus en externe, après cette année.

    @marieàtoutprix: bienvenue ici, et merci pour ce "témoignage", pour ce point de vue, c'est aussi ce dont j'ai besoin en ce moment.

    Posté par polysemie, 26 juin 2008 à 23:43 | | Répondre
  • Choisir, c'est renoncer. Qu'est ce que j'ai pu entendre cette phrase, hésitant dès la seconde entre S et ES... J'avais alors pris la voie la moins prestigieuse (à priori, et heureusement à priori!) et non celle que tout le monde ou presque souhaitait que je prenne, et je sais depuis que j'ai bien fait de m'écouter.

    On sait toujours au fond, malgré les peurs nocturnes de se tromper de voie, que l'on fait le bon choix. Et qu'importe si ce n'est la meilleure voie au fond, tant que c'est TA voie.

    Posté par Sarah, 27 juin 2008 à 12:53 | | Répondre
  • @Sarah: Tu n'as pas tort, Sarah, il y a toujours au fond de soi la certitude qu'on a fait le bon choix, voire, dans mon cas, qu'il n'y avait même pas de choix possible, juste une évidence...
    Mais c'est le renoncement induit qui m'effraie tant...

    Posté par polysemie, 29 juin 2008 à 23:42 | | Répondre
  • En tous cas les conseils des gens de ma génération me semblent inadéquats, car je vois dans tes hésitations que les arguments qui se battent en toi, me sont pour beaucoup étrangers, sûrement à cause du contexte historique dans lequel j'ai dû faire mes propres choix, qui n'a rien à voir avec 2008.
    Les avantages à être fonctionnaires ne sachant durer, il est peut-être illusoire de les mettre dans la balance. Tu parles de "signer" mais tout ce que j'ai pu signer a été remis en cause bien des fois sans vergogne.
    Quant aux écoles de commerce comme critère de valeur, cela m'échappe.
    Mais cette période où tout est encore possible doit être bien grisante, même si elle procure des maux de ventre. Alors, profite !
    Tu parles d'enfants. A ton âge, vivre mon homosexualité signifiait renoncer à avoir des enfants. Alors, tu vois, aucun choix n'est définitif.

    Posté par Ed, 30 juin 2008 à 16:55 | | Répondre
  • @Ed:pourquoi inadéquats? Les gens de ta génération ont justement une expérience et un recul que je n'ai pas. Il me semblait que mes hésitations et questionnements étaient assez classique: c'est l'éternel problème de la conciliation vie personnelle/vie professionnelle et de la place que l'épanouissement professionnelle doit/peut avoir dans ma vie...
    Les écoles de commerce étaient là des critères tous relatifs: il s'agit juste de la valeur pragmatique qu'elles ont sur un CV, supérieure à celle de science po aux yeux des recruteurs, par exemple, après, je ne troquerais pas ma formation universitaire personnelle pour autant au vu de tout ce qu'elle m'aura apporté en richesse culturelle et capacité de réflexion...

    Posté par polysemie, 30 juin 2008 à 20:36 | | Répondre
  • C'est juste que les "ambitions" sont tellement différentes. Issue de la classe moyenne, j'ai déjà choisi d'être prof plutôt que secrétaire de direction (j'ai obtenu le BTS en 197, en reprenant à zéro la fac (aucune équivalence à l'époque !) sans penser une seconde au salaire, mais au contenu du boulot. Je voulais servir à quelque chose, aux autres, et bosser pour un patron voulait dire pour moi uniquement servir à lui faire gagner de l'argent. Quand j'ai eu le CAPES, tellement dur à réussir dans les années qui avaient précédé, un peu plus facile depuis Mitterrand (300 postes l'année où je l'ai eu), j'ai eu l'impression d'atteindre des sommets que mes oncles et tantes (toujours maitres aux') n'avaient pas atteints. Je n'ai même ps pensé à l'agreg'. D'ailleurs seuls les 4 premiers reçus pouvaient prendre une dispo pour la préparer, nous il fallait qu'on bosse, l'educnat avait besoin de nous. L'agreg' interne n'existait pas encore. Alors ce que je voulais dire, c'est que tes questionnements, même si j'en ai connu aussi, sont loin des miens, et me renvoient à une ambition très modérée que j'ai sûrement eu à l'époque. Personnellement, je crois que j'opterais pour le service public, mais celui auquel j'ai cru quand j'avais 25 ans, et qui n'en a plus pour longtemps.

    Posté par Ed, 01 juillet 2008 à 09:16 | | Répondre
  • Je me mêle aux maux/mots parce que je crois que j'ai été dans une situation très similaire... Et un peu à côté du problème : je crois qu'il n'est plus concevable de penser notre avenir professionnel tel une chaîne de montagne dont nous gravirions les sommets au fur et à mesure, avec ses cols et ses pentes raides...Je crois que se mettre sur le marché du travail c'est avant tout être en capacité de s'adapter au monde qui bouge pour ne pas le laisser filer et en être acteur pour ralentir ses emballées (un marché hyper puissant ?), ou accélérer quand on trouve que ça traîne du côté des idées(les nouvelles parentalités ?) Je crois que LA carrière n'existe plus, nous nous devons de ne pas leurrer les nouveaux venus continuant et leur disant que c'est possible! Je n'ai pas eu à faire le choix du public ou du privé, en vrac ça donne : cabinet ministériel, association 1901, Assemblée Nationale, SARL, un ministère, une commune... Et ça continue... Je précise que je ne suis pas consultante et que je n'ai pas exercé le même métier à chaque fois, j'exerce dans 2 domaines différents.
    L’ambition et la carrière sont toutes relatives au regard des évènements de la vie et le renoncement ne naît que dans la frustration et le non-choix…

    Posté par m, 01 juillet 2008 à 13:53 | | Répondre
  • @Ed: j'essaye sans doute aussi d'atteindre des sommets que mes parents n'ont pas atteints, ou du moins, de faire autant de chemin qu'eux: mes parents sont nés très pauvres, ma mère a connu les assistantes sociales chez elle toutes les semaines après la mort de son père, l'alcoolisme de sa mère et de son beau père, et les coups, quand elle avait 12ans, et jusque ses 18ans, quand elle s'est enfuie de chez elle, pour vivre avec mon père, sans autre diplôme qu'un CAP sténo dactylo. Mon père a vécu toute son enfance dans un appartement limite salubre, son adolescence aux côté d'une mère alcoolique et d'un père ouvrier peinant à nourrir sa famille, il a quitté l'école à 14ans, sans aucun diplôme, à la fin de sa deuxième 5ème. Mes parents sont partis de rien, à 20ans, et se sont fait de toutes pièces. Aujourd'hui, ils sont à la tête d'une entreprise très prospère, ils emploient une douzaine d'ouvrier(e)s (qu'ils ne considèrent pas uniquement comme "des gens qui leur servent à gagner de l'argent"), auprès desquels ils font par ailleurs aussi beaucoup de "social", un vieux côté paternaliste que certains trouveront sans doute ringard, mais qui chez eux est encore apprécié, ils gagnent très bien leur vie, et sont en mesure de nous offrir la possibilité de faire toutes les études que nous souhaitons. Quand j'ai eu mon bac, pour mes parents, c'était déjà transcendant. Alors je ne m'imagine pas ne pas aller encore plus loin, être aussi ambitieuse que mon père au même âge, je sais, aussi, ce qu'il attend de moi... Je sais que ce n'est pas une bonne raison, mais je ne suis pas convaincue que nous fassions nos meilleurs choix sous le coup des meilleures raisons... Je ne pense pas qu'au salaire (le cas échéant, j'aurai fait dans la finance, ou dans la pharamceutique...), mais il serait bien hypocrite de dire que je n'y pense pas du tout. L'argent nous servira à vivre confortablement, le confort matériel aide à la sérénité, l'argent nous rendra indépendante, et plus libre, nous permettra de voyager, l'argent nous servira aussi à financer les IAD en belgique, ou aux pays bas, à nous construire un chez nous pour nous retrouver... L'argent ne fait pas tout, peut rendre fou, peut faire oublier l'essentiel, mais il aide pour beaucoup de chose, je ne crache pas dessus, et je n'ai aucune difficulté à le dire. J'ai peur aussi de fantasmer un service public qui n'est plus ce qui l'était, de le voir encore comme il y a 25 ou 30ans, alors que ce n'est plus. Il y a des entreprises privées qui sont aussi utiles aux autres, qui remplissent aussi une mission de "service public"... Je crois que le choix est fait, en fait, enfin, ce soir je dis cela, et bien sûr c'est effrayant, mais quelle que soit l'alternative, la peur est toujours là, c'est peut être elle qui fait avancer.

    @m: je le sais, les carrières linéaires n'existent plus, mais quand bien même, il faut toujours un point de départ... Et c'est vrai, tu as raison, le choix est un vrai luxe.

    Posté par polysemie, 02 juillet 2008 à 00:12 | | Répondre
  • Tu sais, j'avais senti tout ça à travers tous tes écrits. Quand j'ai dit que j'aurais fait gagner de l'argent au patron, le patron, moi, je ne le connaissais pas. Je bossais dans une grosse boîte qui fut nationalisée, puis re-privatisée... J'ai le plus grand respect pour les gens qui créent leur entreprise et qui la gèrent bien. Je voulais juste t'expliquer que justement parce que je sentais les enjeux et les circonstances si différents, il m'était difficile de te conseiller. J'ai été élevé par des gens qui sortaient de la guerre sans avoir vécu d'adolescence. Et pour qui, après des privations, des morts, un exode, le maître mot était "sécurité".

    Posté par Ed, 02 juillet 2008 à 01:11 | | Répondre
  • @Ed: avec du retard, mais tout de même, merci de prendre le temps de me donner ton avis là dessus, même avec toutes ces différences, tous ces enjeux qui ne sont plus les mêmes...

    Posté par polysemie, 07 juillet 2008 à 22:45 | | Répondre
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