Je crois que je vais faire un blog...

vie et moeurs d'une jeune goudoue in heteroland... reflexion intense, procrastination démente, engagement furieux, contemplation, dégustation, inspiration.

30 novembre 2007

La dernière prose du chat

Je suis le chat qu’elle a tué,
Au clair de lune,
Un soir d’été.

Je suis le chat qu’elle a vaincu
Fière et lointaine
Idiote et lâche.

Vaine d’essence, elle se libère,
Dernière chaîne et derniers liens
Vit-on mieux nue ?
Je lui demande.

Vit-on mieux seule ?
Vit-on mieux vide ?

Vit-on mieux loin, et hors de soi ?

Toutes ces années à l’éduquer,
Toutes ces années à la meurtrir
Toutes ces années à lui apprendre
De quelle souffrance elle était faite.

Toutes ces années dont elle est lasse
Toute ces années qu’elle me renvoie
Toutes ces années pour qu’elle existe
Sans oublier qui elle était.

Affranchie de moi, les peines auront le même goût
Pourtant.
Affranchie de moi, les imbéciles joies étoufferont son être
Alors.

Mais elle se rit
Mais elle se moque
De moi.

Moi,
Dans l’herbe grasse je m’éteins
Dans la nuit pâle, elle se perd.

Je suis le chat
Qui la hantera
Au clair de lune des soirs d’été.

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20 novembre 2007

Les proses noires du chat (8)

Je suis le chat qui lui rappelle qu’elle fait partie de ceux qu’on tue.
Je suis le chat qui lui rappelle
Qu’elle fait partie de celles qu’on noie.
Je suis le chat qui lui rappelle
Qu’elle fait partie de ceux qu’on juge,
De celles qui perdent, de ceux qu’on brise, qu’elle fait partie de ces combats.

Je suis le chat qui lui hurle le mépris de ceux-là
Quand elle souhaite ne plus y penser.
Qui lui aliène l’esprit
Quand elle oublie
Qui crache
Sur elle.
Lâche !

Dis-moi,
Serais-tu de ceux
Qui résisteraient alors ?
Ou te terrerais-tu dans ce silence
Cette indifférence qui cache son nom
Dans cette trahison passive qui détourne les yeux ?

Quel est ton sang ?
Je lui demande.
Pour l’empêcher de s’assoupir,
Et de céder au ronronnement des abstractions et de la science.

Sous ses yeux faibles je figure
Les chiffres en êtres, les mots en hommes.
A ses oreilles je fais crier
Les phénomènes qu’on théorise.

Pour que l’ordinaire
De l’horreur toujours la terrorise,
Je fonds en elle la culpabilité brûlante de ses jours,
Qui coule sur elle et fige ses veines.

Je suis le chat qui lui rappelle
Ce qu’elle consent en se taisant.
Je suis le chat qui lui rappelle
Ce qu’elle admet en abdiquant.
Je suis le chat qui lui rappelle
Ce qu’elle conforte en ignorant,
ce qu'elle soutient en s'enfuyant et que l'histoire lui reprochera

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02 novembre 2007

Les proses noires du chat (7)

Je suis le chat, au fond de son ventre, qui sort les griffes quand elle oublie.
Ca lui fait mal, et je le sais,
Ca lui fait peur, et c’est exprès.
Mais je veux que toujours elle entende le ronronnement de mes entrailles.

Je cohabite en elle avec la somme qui la nourrit et qu’elle ignore.
Tout ce qu’elle pense ne pas savoir,
tout ce qu’elle croit en dehors d’elle.
Je cohabite en elle avec les fautes enfouies, avec les craintes prohibées,
Et qui m’écrasent sans qu’elle le voit
Et qui m’étouffent sans qu’elle le sache.

Sa conscience est un puit, dont elle n’a jamais vu le fond.
Sa vie est un abîme, qu’elle dit ne pas connaître.

Mais moi je le sais, mais moi je comprends
Ces gardes fous oubliés qui limitent sa pensée
Ces sensations métalliques qui se sont effacées.

Quand elle se croit libre je resserre l’étau
De mes yeux sur ses jours.
Quand elle se croit jeune je creuse un peu plus
Les failles qui la saignent.
Quand elle se croit loin j’arrache un morceau
De la distance qu’elle imagine.

Elle dit pourtant qu’elle est forte, et que sa vie ne connaît d’assauts
Que ceux répétés de sa volonté.
Qu’elle est tout ce qu’elle a,
Qu’elle veut tout ce qu’elle est.

Elle dit pourtant qu’elle se moque d’être sans correspondre
Au miroir qu’on lui tendait.
Orgueilleuse et sans subir elle prétend avoir le choix.

Quand vous la voyez lisse comme le marbre
Je sais les humeurs fluides qui la ravagent.
Quand elle relève la tête, je lui dérobe les jambes,
Et à genoux, je la soumets,
loin de vos regards.

Puisque parfois, tout de même, il est bon qu’elle se torde,
D’angoisse et de remords.
Sinon comprenez que je suis seul, que je ne suis rien, et que je meurs.
Imaginez-la, sans attache ni souvenir,
Imaginez-la vivre sans savoir ce qui la tient…
Comprenez que ce sera pire encore, et que sans moi elle se perdra.

Je suis le chat, au fond de son ventre, qui sort les griffes, pour qu’elle survive.

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09 octobre 2007

Les proses noires du chat (6)

Je suis le chat, en bas de l’échelle, qui la regarde, monter vers le ciel.
Si elle retombe, je me romps,
Si elle s’envole, je m’efface.

Jamais elle ne se retourne,
Quand elle lève la tête, l’échelle vacille,
Et elle enfonce ses dents dans les barreaux.
Quand elle baisse les yeux, je ronronne au pied du mur,
Et elle ravale le sang au fond de sa bouche.

Sa vie derrière elle est tombée de sa poche
Et comme une pelote de laine se défile jusqu’à moi.
Tendant les griffes, je m’en amuse, j’en tire le fil jusqu’à son cri.

Elle ferme les yeux, souvent, pour ne pas voir,
Tendues de son passé,
Les outres pleines qui se crèvent une à une.

Elle tourne la tête, parfois, pour ignorer,
Dressés depuis le sol,
Les lambeaux blancs des évidences qui l’abandonnent

Elle a peur, elle a froid, elle est loin, elle monte encore
Et je m’étends à terre.

Quand ses os se figent, quand son souffle se perd, elle monte encore
Et le soleil m’échauffe les flancs.

Elle ne voit pas
Elle n’y pense pas
Elle ne comprend pas,
Pourtant je sais
Qu’il n’y a pas de sommet à son échelle.

Que les barreaux s’accumulent à mesure qu’elle les passe
Que des écrans dissimulent ce qui lui reste à franchir
Et qu’elle est condamnée à ne jamais s’arrêter.

Elle ne sait pas ce qu’elle y trouvera,
Moi je sais que je n’y serai pas.
Elle n’est pas sûre de pouvoir aimer ce qu’on lui a promis
Elle n’ignore pas qu’elle n’a pas réellement tout choisi
Souvent la crainte la tord d’avoir trahi.

Je suis le chat, en bas de l’échelle, qui la regarde, monter vers l’enfer.

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24 septembre 2007

Les proses noires du chat (5)

Chute avant midi.
Légèreté du mouvement qui choit, froid du carrelage qui heurte sa tête.
Elle n’est pas folle, regardez, elle ne suffoque même pas,
Mais l’anarchie réglementaire reprend aussitôt ses droits.
Elle va se noyer si je la laisse.

Lumière,
Je suis le chat noir comme ses désirs qui tirent son âme au fond d’elle,
bleue de froid, d’effroi.
Où est l’âme elle-même qui s’est trahie?
obsession de l’erreur étouffante, oppressante, annihilante. 
Où est l’âme dans ce fatras d’incertitudes clandestines et réfugiées au plus profond,
très profond
d’elle qui ne sais plus où aller, comment faire, que dire et que penser pour aimer.
où sont les mots ?

Elle ne sait plus dire, ni écrire, ni penser, ni aimer.

Traces de sang sur le mur,
mains bien à plat sur la table,
et la montre,
et le temps,
savez-vous de quoi elle parle ?

Elle lui dit que...
Tout ne peut pas être mesuré,
tout ne peut pas être construit,
on peut vivre dans des ruines, dans du carton pâte, sur un terrain vague.

Mais ne vois-tu pas qu’elle est prisonnière ?

Et parfois,
quoi que vous pensiez
Elle est très belle, elle aussi,
très pure elle aussi,
il y a dans sa jouissance quelque chose d’immaculé qu’au moins elle possède
que vous ne voyez pas,
enfermés que vous êtes dans des codes qui ne sont pas les vôtres.

Elle écrit en essayant de perdre le contrôle de la censure abrutissante
aux tempes et aux poignets de fer blanc.

L’extatique,
l’extatique pouvoir de la déraison sombre et mielleuse est là.
Doucement, entendez-vous,
tout est artificiel,
il faut beaucoup penser pour ne plus penser,
pour ne plus dire,
pour sentir,
pour exprimer seulement
la solitude du néant obscur du bric-à-brac de la pensée nubile et fraîche
qui tord ses mains dans ses cheveux d’or en un poison.

Il faut savoir ne plus maîtriser, lâcher le métronome qui bat sans elle, sans rien,
brouillard dense et insondable silence,
silence bruyant et assourdissant du chat.

Feuille rouge ensanglantée de mots pleurés, pâles et mortifères.
Où est-elle dans tout ça?
 L’essoufflement arrive,
inspiration,
expiration,
suffocation,
la fin.

Les larmes qui lui dérobent son essence,
rattrapez son âme qui coule sur le sol…

Combien de pages pour la voir telle qu’elle n’est pas, telle qu’elle ne veut pas être?
 Dîtes lui qu’elle n’est plus, tout à coup,
Qu’elle s’est dématérialisée, désubstantifiée.

Le chat est tombé, je suis son seul monde, son unique moi qui tombe et s’effrite.

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11 septembre 2007

Les proses noires du chat (4)

Je suis le chat, qui tourne dans sa tête,
je regarde le monde autour et le temps qui s’enfuit vers la forêt de murmures ourdis
qu’elle ne veut, qu’elle ne peut entendre,
et qui souffrent sa tête dont le sang cogne aux tempes bleues d’effroi,
face au vide, face au désert, face au rien,
face à la détresse de se savoir toute seule,
perdue.

Moi, je sais que...
La lumière a une fin, quelque part il y a de l’ombre,
il y en a toujours eu,

 

Mais elle dit que...
ce n’est pas beau l’ombre,
il faut cacher l’ombre,
ne pas dégénérer, se maintenir, exister dans ce que l’on doit être.
Aller, aller bien comme il faut.
Les obsessions ne nous dirigent pas.
La raison nous guide.
Raisonnable.
Soyons raisonnables et rationnels.
N’ayons besoin de rien d’autre que cette raison qui parle toute seule maintenant.

Pourtant je sais que...
Tout va s’arrêter, un jour il y aura un fond, il faut descendre très lentement,
ne plus penser, ne plus penser,
ne pense plus,
désolidarise-toi, dématérialise-toi
elle n’est plus un, elle est tout.
L’étendue l’espace et le temps,
Elle ne se donne plus, tout se donne à travers elle.

Mais elle dit que...
Moi,
moi,
je ne suis pas moi, ce n’est pas moi,
dîtes-moi,
moi n’est pas, moi n’existe pas.

 Elle n’a jamais existé,
Elle divague, elle se perce, se creuse, s’écroule,
elle s’effondre, elle n’est rien,
elle est une illusion que les autres perdurent.

J’ai besoin qu’elle ne soit plus,
qu’elle disparaisse,
je ne peux plus la suivre.
Elle n’existe pas, ou elle existe trop,
elle a peur,
oui mais terriblement peur,
d’être trop ou pas assez,
elle tremble et suffoque, s’étrangle quand je vis,
elle a très mal,
elle est enfermé dans ce qu’elle n’est pas,
elle ne se désolidarise pas du reste.

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29 août 2007

Les proses noires du chat (3)

Elle me tient en éveil
Perpétuellement.
Elle fait comme si je pouvais
Tout ce qu’elle voudrait.

Elle fait semblant de ne pas m’entendre
Elle fait semblant de ne pas me connaître
Elle fait semblant de ne pas comprendre
Et elle m’empêche de dormir.

Alors quelque fois,
puisqu’il le faut,
je me venge d’elle
et m’étend en une main qui couvre l’étendue de ses entrailles,
de son esprit,
et se referme brusquement en un poing,
pour lui faire expulser son corps de son corps,
jusqu’à ce quelle perde conscience,

de douleur,
de panique
et d’incompréhension.

 Je la regarde ensuite,
Et enfin elle me regarde,
suffoquée sur le carrelage froid.
Elle tente de se défendre, de résister, tout son corps s’arc boute,
ses dents parfois entament sa chair.
Mais dans ces moments je suis plus fort qu’Elle.

Je suis le chat qui lui fait peur,
Je suis le chat qui lui ordonne,
Je suis le chat qui lui résiste.

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11 août 2007

Les proses noires du chat (2)

Elle a dix-sept ans.
Ses pieds nus sont appuyés sur l’étagère ou est posé le poste de radio.
Deux sept cent quarante sept ont écroulé les deux tours de Manhattan.
C’est la fin de l’après-midi,
pendant le mois de septembre.
C’est un mardi.
Un avion à réaction renverse son étagère en carton.

Je suis le chat
Qui dormait
Au fond d’elle
Et qu’elle réveille brutalement.

Notre monde,
notre monde,
notre monde va s’arrêter.
Ce sera le dernier automne.
Dans six mois, il n’y aura plus rien.

Elle a dix-sept ans,
le monde lui échappe, elle échappe au monde.

 Comment pouvez-vous continuer comme ça,
comme avant,
comme si tout continuait ?

Tout s’arrête.
L’instant se fige.
Vous avancez dans le vide,
c’est un rêve que vous faites perdurer,
réveillez-vous ! vous allez tomber.
Il y a urgence, il faut tout vivre, et tout apprendre, tout de suite, ingérer,
décide-t-elle.

Je suis le chat qui soupire
Je suis le chat qui s’étire.

Je suis le chat qui s’aiguise.

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28 juillet 2007

Les proses noires du chat. (1)

DSCF5766

Le chat est noir et s’appelle Pétronille mais ça c’est juste pour l’état civil.
Le chat est très investi émotionnellement, le chat c’est moi.
Je représente je crois beaucoup de choses, la solitude trop dense d’un soir de janvier
que n’a plus supporté une fille un peu perdue qui est venue me trouver.

Je suis un chat coup de tête,
mal élevé,
solitaire,
je suis un chat transfert,
je le sais,
on s’y fait.

Je suis un chat de Brest, je porte en moi le vent, la mer et l’ivresse.

Je suis un chat d’études,
je me suis endormi sur le Gaffiot, le Bailly, et les poèmes de Mallarmé.

Je suis un chat du soir,
pas de la nuit mais du jour qui tombe,
de l’angoisse du crépuscule et des lampes qui brûlent obstinément leur obscurité.

Je suis un chat qui dort, indifférent aux bruits du monde,
je suis un chat qui veille, stoïquement, les peines qui coulent,
je suis un chat qui scrute, paisiblement, l’effervescence des jours.

Les absences ne m’effraient pas,
les retours ne m’émeuvent plus
et les départs ne sont que des recommencements.

Je suis le chat qui sait qu’il y aura une fin,
je suis le chat qui sait qu’il faut tout vivre,
et tout apprendre,
ingérer,
maintenant.

Je connais l’urgence de ses jours et de ses passions,
sa velléité et sa paresse,
je suis le chat qui la regarde manger sa vie.

Je suis allé avec elle jusqu’où elle n’a plus cru revenir,
je me suis vautré comme elle dans ses déraisons,
j’ai oublié en même temps qu’elle ce qu’elle n’a plus voulu savoir.

Je suis le chat qui la regarde rire de sa folie,
hurler contre les murs,
suffoquer du poids de l’air
et meurtrir son âme en elle.

Je suis le chat noyé en elle,
pétri de ses contradictions,
nourri de ses hésitations,
bercé au creux de ses espoirs,
lové dans son ennui.

Elle est mon unique monde.
Je suis le chat de ses pensées,
le chat qui marche dans sa tête,
je suis le chat qui la suit quand elle s’en va.

Posté par polysemie à 11:31 - Les neuf vies du chat - Commentaires [6] - Permalien [#]



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