30 juin 2008
Real TV
Vous connaissez Engrenage ?
Bon, et bien physiquement, ma Mouff, c’est Joséphine Karlsson, en mieux, et
sans le côté fourbe.
Vous connaissez Damages ? Bon, et bien professionnellement, ma Mouff, c’est Ellen Parsons, en mieux, sans le côté fayotte.
Et depuis des semaines
maintenant, dans le cadre de son stage, sachez qu’elle se bat contre des ersatz
d’Arthur Frobisher, et croyez moi, au pays des requins, la vie n’est pas tous
les jours facile !
Alors personnellement, les abus
de bien sociaux et autres délits financiers en tous genres, c’est pas trop ma
tasse de thé, les réglementations à ce propos rabâchées tout au long de l’année
par ma chère et tendre, ça aurait même légèrement tendance à m’ennuyer (mais
alors légèrement hein, qu’allez vous imaginer, je l’aime quand même, tout ce
qui sort de sa bouche n’est que perle de nacre…)
Mais quand ce sont de vrais gens,
de vrais méchants, et de vrais gentils, là ça prend tout son sens ! Vous
admettrez : c’est tout de même beaucoup plus sexy de coucher avec la
robine des bois en lutte contre les actionnaires majoritaires félons qu’avec le
code des sociétés 2008…
J'ai donc réalisé, tout à l'heure, en l'écoutant échafauder des stratégies pour venger "la veuve et l'orphelin" (et pourquoi pas, d'ailleurs, autres temps, autres moeurs, "la maman sociale éconduite et le pacsé d'un défunt séropositif"?) des fourbitudes des puissants de l'industrie que je vivais avec deux heroïnes télé en une! Ce qui me distrait aimablement, vous en conviendrez, de mes longues et soporifiques révisions du moment... Tout ce que je me souhaite, c'est de ne pas terminer comme le fiancé d'Ellen Parsons dans Damages, assassiné à coups de mini statues de la Liberté (ou de salière/poivrière en forme de bonshommes aux bras pointus chez nous, puisque non, nous ne collectionnons pas de mini statues de la Liberté, merci pour elles (et nous)).
21 juin 2008
L'année sans elle
Vous, vous, vous êtes ma faille. Et vous vous jouez de l’affection que j’ai pour vous. Quand j’aime les gens je les appelle, quand je les respecte je leur réponds. Je ne vous demande même plus de m’appeler, juste de me respecter. C’est une décision qu’il faudrait que je sache prendre. Cesser. D’attendre un mot de vous, d’attendre une réponse, d’attendre de la réciprocité. Cesser tout simplement de vous faire exister dans ma mémoire, dans mon esprit. On peut rompre avec les gens, amis ou amours, on peut rompre avec les habitudes et les manies, on peut rompre avec ce qui existe, mais c’est si difficile de rompre avec le vide d’une relation insatisfaite. C’est si difficile de rompre avec l’indifférence. Il faut qu’un jour, j’y arrive, à couper le fil de ces années de relation aléatoire, à sens presque unique. Cette relation que je suis la seule à porter. Je sais que cela ne tient qu’à moi, que vous ne me rappellerez jamais, que vous ne me retiendrez pas. C’est sans doute ça qui me fait peur. Si vous saviez pourtant comme je vous en veux, et comme je vous hais souvent pour tous ces messages perdus dans l’oubli, pour tous ces appels sur lesquels vous avez fermé les yeux. Six ans que vous soufflez sur moi le chaud et froid, vous rendez-vous compte ? Six ans d’obsession pour vos fuites et vos retours, pour vos regards volés et vos silences. Six ans à chercher vainement votre sincérité. Six ans à me livrer pour tenter de faire céder vos défenses, six ans à me rétracter, régulièrement, et vous rejeter du plus loin que je peux. Que vous ai-je donc fait pour mériter pareil traitement ? Ne m’expliquerez vous donc jamais ce que vous avez pu aimer en moi, si loin de vous il y a six ans, imperméable à vos regards, pour m’entreprendre de votre séduction… pour rien ? C’est tellement facile avec votre âge, avec vos traits et votre voix de séduire si jeune enfant. Dix sept ans. Malléable à merci, impressionnable à souhait. Désirante à ce point. Dix sept ans et déjà en larmes de se sentir pieds et poings liée à votre personne, et de craindre aussitôt votre fuite. De ne savoir garder vos yeux posés sur moi.
En écrivant ces mots, il y a quatre mois, j’ai décidé. Ce sera l’année sans elle. Ce sera la première des années sans elle. Cette année je vais faire ce que j’aurais dû faire il y a cinq ans déjà. Ne plus la faire exister dans ma vie. Cela s’appelle une rupture je crois, une rupture qui vient mettre fin à une relation qui n’a jamais eu de nom. Juste des caractéristiques : déséquilibrée, aléatoire, à sens unique trop souvent, frustrante, ambiguë, malsaine, humiliante, tellement humiliante, pour moi. Comment on appelle un sentiment qui n’est plus amoureux depuis longtemps mais qu’elle n’a jamais laissé se muer en amitié ? Comment on appelle cette indifférence affectée, sitôt que je l’approche, et cette séduction toujours recommencée sitôt que je m’éloigne ?
J’avais dix sept ans à peine quand un jour une petite peste que je fréquentais à l’époque m’a fait remarquer qu’elle n’avait l’air de ne faire cours que pour moi dans la classe. J’avais dix sept ans et tout ce que je faisais, tout ce que je disais, tout ce que je lisais l’intéressait tellement. J’avais dix sept ans et elle me répétait que je lui tendait le miroir de sa propre adolescence, passée.
J’avais dix sept ans et je refusais de comprendre ce que signifiait cette obsession, pour elle, pour ses yeux plantés dans les miens, pour sa voix qui s’introduisait dans la maison quand je ne m’y attendais pas, qui ne se présentait pas, qui se reconnaissait au simple décroché du combiné, et qui pénétrait l'intimité de ma chambres ou des espaces où je tentais de l’oublier. Cette voix qui me provoquait toujours ce même fourmillement dans les jambes, et qui m’empêchait de rester en place, ces papillonnements dans le ventre qui faisaient trembler ma voix.
J’avais dix sept ans quand elle m’a confié sa propre enfant, sans question, sans me prévenir, presque du jour au lendemain, comme pour sceller le secret de ce que nous ne disions pas, de ce que nous ne faisions pas. J’avais dix sept ans, et je bordais l’enfant, et je lavais l’enfant, et je chérissais l’enfant, ersatz de sa présence.
J’avais dix sept ans et les insinuations des autres, qu’elle provoquait, à notre égard, me rendaient folle. J’avais dix sept ans et déjà je l’implorais d’arrêter, ce manège, ces non-dits, cette indifférence et ce mépris affectés de certains jours.
Je n’avais toujours pas dix huit ans lors de cette nuit chez elle. De cette soirée passée à parler, si proches, de cette hésitation enfin avant de nous coucher chacune dans notre chambre. Quand accroupie à ma hauteur, elle a relevé la tête vers moi, assise sur le lit, pour ne rien me dire. Juste me regarder. Comme j’étais naïve de penser que j’étais la seule à ce point troublée.
Après j’ai eu dix huit ans, et je suis partie. Et plus je grandissais, plus elle s’éloignait. Et plus je grandissais, et plus je comprenais l’ampleur de ce qui s’était joué cette année là.
J’ai cessé de l’aimer bien sûr, je me rappelle nettement du soir ou je me suis rendue compte que ma dernière pensée avant de sombrer dans le sommeil n’était plus pour elle, mais pour Elixir, je me rappelle nettement du jour ou ce n’est plus son nom qui s’affichait sur mon téléphone qui me faisait frémir, mais celui d’Elixir.
Il y a eu ces conversations téléphoniques, derniers instants de grâce sans doute, quand je ne parvenais pas à lui dire ma vérité, qu’elle savait pourtant déjà. Ses déclarations à peine déguisées, le voile d’ignorance dont je continuais de m’envelopper obstinément, désespérément.
Et dix fois, cent fois, mille fois j’ai rendu les armes, à ses pieds, à ses lèvres. J’ai rendu les armes, j’ai hissé le drapeau blanc, pour que cesse enfin le feu de ce rapport de force. Il y a eu des trêves, quelques unes, trop rares. Et puis la guérilla toujours menée par son absence et son indifférence affectée, par ses retours soudains, ses rappels, ses points de suspension trop éloquents. Par ses excuses par ses silences, par ses fuites et son mépris.
Alors cette année, enfin, ce sera l’année sans elle. Elle ne le sait pas bien sûr, elle ignore encore que tout est terminé. C’est peut être cela le plus dur, de savoir que je suis celle qui détient les clés. Mais elle est à l’origine de notre histoire, c’est à moi de la terminer, pour retrouver un peu ma fierté. Je suis celle qui va anéantir notre relation, poussée par elle.
20 juin 2008
L'origine
Elle ne parle jamais beaucoup, je lui ai d’ailleurs longtemps reproché de tant se taire. Moi que le silence incommode tellement… Avec le temps j’apprends à me taire autant qu’elle, et à ne plus systématiquement interpréter son mutisme comme une source de conflit. Il faut comprendre à demi mot les phrases lapidaires qu’elle peut dire. Il ne faut jamais espérer avoir un jour plus d’explications que celle qu’elle aura décidée de donner, ou pas.
J’étais jeune et j’ai mis du temps à surmonter le sentiment de rivalité dans lequel je me sentais engagée vis à vis d’elle. J’étais jeune, et j’étais féroce, dans mes regards, dans mes éclats de voix, dans mon indifférence affectée, et elle a mis du temps à y voir autre chose que de la méchanceté à son égard. J’étais jeune et paralysée de constater que je pouvais parfois finir ses phrases, et qu’elle devinait avant moi souvent les instants où je sombrais.
Je l’ai jalousée, je l’ai maudite, je l’ai haïe, quand la tension était trop insupportable, quand les comparaisons ne tenaient pas le choc, quand l’incompréhension nous étouffait trop l’une et l’autre.
Et puis j’ai essayé de l’ignorer, de nous construire sans elle, comme si elle n’avait pas d’importance, en niant tout ce qu’elle fondait pourtant. Comme si ce qui avait fonctionné chez moi pouvait fonctionner avec elle. Comme si je pouvais la contraindre frontalement comme j’avais contraint les Miens.
Avant de comprendre toute la
mesure qu’il fallait forcément adapter à cette relation. Avant de comprendre
qu’elle était tout ce que les Miens n’étaient pas, qu’elle était tout parfois
ce que je tentais d’oublier en moi.
Aujourd'hui, ce qui m'émeut dans nos silences conjugués autour des plats que nous préparons ensemble, c'est de savoir que la seule chose qui nous unit, c'est d'aimer viscéralement la même personne. Aujourd'hui, je l'aime juste de savoir qu'elle sera toujours l'unique femme qui aime autant, voire plus que moi - j'ignore sans doute à quel point une mère aime son enfant - mon Elixir.
19 juin 2008
d'une décennie l'autre
Nous sommes le 19 juin 1998, j’ai treize ans et demi, je suis en 4ème. Aujourd’hui nous avons suivi le dernier cours de français de l’année avec Mme.… . Pour l’occasion, Agathe, Audrey et Moi avions préparé un petit sketch ou nous parodions notre professeur. Comme j’ai eu le rôle de Nicole, dans Le Bourgeois Gentilhomme de Molière, plus tôt dans l’année, et que j’ai déjà joué devant la classe, c’est moi qui ait joué le rôle de Mme… aujourd'hui. Elle a beaucoup ri, et à la fin de mon numéro, tous les élèves ont applaudi, j’ai été très émue. Parce que je suis amoureuse d’elle depuis des mois, et parce que je sais que c’est la dernière fois que je me trouve dans sa salle de classe.
J’ai treize ans et demi, je suis sa meilleure élève et elle lit mes rédactions à voix haute à toute la classe. J’ai treize ans et demi et je veux devenir professeur de lettres classiques, comme elle, et écrivain célèbre.
Je pense à elle tout le temps, il n’y a qu’elle dans ma vie, à côté de mes livres, que je lis pour elle, toujours. Je suis Julien Sorel et je la rêve Mme de Rénal, je suis Frédéric Moreau et je la rêve Mme Arnoux, je suis Jean Jacques Rousseau et je la rêve Mme de Warrens.
Mais en réalité je suis une jeune fille alors, et ces choses là ne s’avouent surtout pas.
Plus tard je passerai un bac littéraire, pour elle, et j’aurais la mention qu’elle m’aura demandé, je postulerai en prépa, sur ses conseils, et je choisirai la même hypokhâgne qu’elle, plus tard encore je délaisserai mes projets de professorat pour présenter science po, en suivant son avis et ses avertissements, et parce qu’elle dit qu’il est « important que des littéraires s’occupent un peu des choses de ce monde ». Au cours de l’étrange correspondance que j’entretiendrai avec elle, elle m'écrira un jour que je risque comme elle de me retrouver Don Quichotte de la culture contre les moulins qui nous entourent…
Nous sommes le 19 juin 2008, j’ai vingt trois ans et demi, je suis diplômée de Science Po Aix, et je suis en prépa ENA-Grands Concours. Aujourd’hui, encore une fois je suis enfermée à la bibliothèque, à réviser pour les concours dans une dizaine de jours. Elixir, mon amour, vit avec moi, et vient de terminer son droit. Je ne connais plus ni Agathe, qui a fait Science Po à Lille, ni Audrey qui serait devenue horlogère. Il y a un mois, par hasard, j’ai aperçu au loin Mme… dans sa voiture. Elle ne m’a pas vue, et ne m’aurait sans doute pas reconnue. Mes doigts sont devenus très froids, comme il y a dix ans, mon coeur s’est accéléré, comme il y a dix ans, et ma voix s’est mise à trembler, comme il y a dix ans, instantanément. Parce que j’ai été amoureuse d’elle pendant des années, et qu’en dépit du temps qui passent et des sentiments qui ont disparu depuis longtemps déjà, le corps a des réflexes qui ne s’oublient pas.
J’ai vingt trois ans et demi, et j’ai été la meilleure élève de d’autres professeurs depuis, et mes dissertations ont été lues à voix haute devant d’autres classes depuis, sans que cela n’ait plus jamais ce goût de sucre donné par sa voix à l’époque. J’ai vingt trois ans et demi, et je ne veux plus enseigner depuis longtemps, je veux avoir des responsabilités et du pouvoir, je veux avoir de l’argent et être heureuse certains jours, et puis le lendemain je veux juste continuer à lire et recommencer à écrire, mais je ne sais pas si j’écrirais à nouveau un jour.
Je ne pense presque plus à elle, elle ne fait plus partie de ma vie, Elixir l’a remplacée le jour ou je lui ai révélé l’importance qu’elle avait eu pour moi pendant toute mon adolescence, et la réalité des sentiments que j’avais éprouvés pour elle. Je lis toujours, mais plus pour elle. Je suis une femme aujourd’hui, qui aime une femme, et je le dis, parce qu’en grandissant, j’ai compris que c’était vrai et qu’il ne tenait qu’à moi de le croire et de l’assumer.
Avec le temps, évidemment, j'ai cessé de l'idéaliser, comme elle m'enjoignait vivement de le faire, et j'ai cessé de l'adorer. Mais c'est elle qui est à l'origine de la plupart des décisions que j'ai prises dans mes études ces dix dernières années.
30 mars 2008
Le pain noir
Le matin, ce sont les lointains moteurs des chalutiers, qui accostent de leur nuit de pèche, qui la réveillent. Elle tend juste le bras pour attraper une cigarette, à tâtons, et son briquet. L’énorme chatte au bout du lit pèse sur ses pieds, et fini par sauter lourdement par terre, pour aller réclamer à manger. Alors elle se lève. Elle nourrit l’animal et met la cafetière en marche. Elle demeure immobile dans la cuisine, debout, en allumant sa deuxième cigarette, qu’elle fume toujours, les yeux dans les yeux de son père, en face d’elle, en noir et blanc, dans le vieux cadre. Plus le temps passe et plus ses traits pâles et émaciés font d’elle la preuve qu’il a existé. Avant. Et lui prouvent que ses gênes sont là, entre les coins un peu cornés d’un sépia de mauvaise qualité. Elle avale deux tasses de café, brûlant.
Le midi, elle entre en cuisine et elle noue autour de ses hanches de grands tabliers blancs, qui pourraient faire deux fois le tour de sa taille. Elle s’alimente du simple fait de faire à manger aux autres, ceux qui rient fort dans la salle du restaurant, ceux qui viennent du continent, ceux qui voudraient bien en être, ceux qui voudraient bien paraître plus îliens que les îliens eux-mêmes. Elle assourdit leurs voix dans le battement des fouets et des cuillères de bois dans les batteries de cuivre. Elle étouffe leurs ambitions dans les fortes odeurs d’iode, de sel, de beurre blanc et de citron. Elle ne vient pas en salle recevoir les félicitations des clients, qui roulent entre leurs doigts les bouts de mie noire du pain de seigle, elle considère qu’ils ont eu assez du fondant de la chair blanche des poissons sur leur langue, et de la sécheresse du vin clair qui vient poursuivre dans leur gosier le goût perlé et la texture un peu fuyante des huîtres aux reflets irisés.
Le soir en basse saison, il n’y a eu souvent que quelques couverts. La faute au vent et au ciel bas, à la nuit fraîche et au brouillard épais, peut être. Elle remonte tôt vers la maison, parfois avec un homme, peut être avec une femme, mais souvent seule. L’énorme chatte imperturbable l’attend devant le portail. Elle se sert un whisky, et elle allume la chaîne hi-fi. Elle fume plusieurs cigarettes. Quand elle commence à penser au retour des chalutiers au port, elle se dit qu’il serait temps qu’elle aille se coucher. Les soirs de tempête, les soirs de grand vent, les soirs où l’île se recroqueville au milieu de la mer, comme un enfant au milieu d’un grand lit froid, elle pense au pêcheur sur le papier sépia, qui s’est noyé dans ces eaux noires, huit mois et demi avant sa naissance.
11 mars 2008
Coming out
Vous l’avouerais-je ? Au bout d’un an de bloguage à
fréquence moyenne, au bout d’un an dans le rôle de "polysémie, pur
esprit, pas très marrante, un peu prise de tête, tellement sérieuse !", vous l'avouerais-je cette dénonciation à peine masquée d'un ami l'autre jour "t'es quand même super greluche pour une lesbienne!"
Vous l’avouerais-je donc ? Je suis une fille futile…
Je suis de celles qui préfèrent admirer les nouvelles collections que de me plonger dans mon Alter Eco, je suis de celles qui trouvent dramatique qu’une petite boutique de bijoux fantaisistes, mon fournisseur officiel et exclusif d’accessoires, mette la clé sous la porte sans me prévenir ni me donner une autre adresse, je suis de celles qui peuvent passer des heures à essayer chaque nouveau vêtement avec la moitié des pièces déjà dans l’armoire.
Je suis de celles qui réfléchissent à leur tenue du jour avant même d’avoir posé un pied à terre, je suis de celles à qui rien ne fait plus plaisir qu’un chiffon !
Je suis de celles qui aiment par dessus tout le froufroutement des belles étoffes sur les portants de leurs rayonnages, je suis de celles qui se sentent tellement chez elles dans leurs boutiques de prédilection qu’elles présentent elles-mêmes la collection aux personnes qui l’accompagnent, qui replacent sans même y penser ce pull, qu’une autre a fait glisser de son cintre, comme s’il eût s’agit du sien…
Je suis de celles qui peuvent fantasmer sur un morceau de
tissu, sur un bijou inaccessible, sur un sac au cuir si sensuel vous savez…
Je suis de celles dont on dit qu’elles sont des « material
girls ».
Je vous l’avoue, je suis une fille superficielle.
Et j'assume? Pas tout à fait, mais...
04 mars 2008
Sororité
J’ai deux sœurs, évidemment, il
n’y a pas que la petite, mais à la lecture de mes articles, je me rends compte
que je n’évoque que rarement « ma sœur ».
J’ai deux sœurs, donc, il y a « ma sœur » et « la Petite ».
Ma sœur est aussi ma petite sœur, mais elle tellement moins petite que la Petite. Elle est celle du milieu, elle n’a jamais eu le rôle de «la petite», elle n’a jamais eu le rôle de l’aînée non plus. Elle dit souvent qu’elle a souffert de cette position entre deux. Je ne sais pas vraiment pourquoi, mais j’imagine que c’est vrai, et je l'ai compris très tôt, un jour où elle m'a lancé, alors qu'elle n'avait que cinq ans et que la Petite était encore tout bébé "Depuis que la Petite est là, tu ne m'aimes plus!".
Ma sœur, je l’ai attendue tout au long des trois premières années de ma vie, l’inventant dans mes jeux avant même sa conception, la guettant chaque jour pendant les neuf mois précédant son arrivée. Elle mettait tellement de temps. Ma mère immobilisée dans le vieux fauteuil du salon vers qui je revenais toutes les heures sur la pointe de pieds pour demander « Elle est arrivée ? ». Pas encore, pas encore, Poly...
Elle est arrivée un midi finalement. Et comme je devais être d’un tempérament un peu tranché, mes parents craignaient très fort d’éventuelles crises de jalousie de ma part. En cadeau pour sa naissance, j’ai reçu une poupée Bécassine. C’est un cadeau de ta petite sœur m’a dit ma mère. Autant dire que le principe d’un bébé qui naît les bras chargés de cadeaux me laissait dubitative, mais ça ne m’intéressait pas plus que ça. Puisqu’elle était là, ma sœur. Plus question de la lâcher, de laisser les autres la prendre dans leur bras. C’était MA sœur, et je piquais de grosses colères pour ne pas partir de la maternité le soir venu, pour ne pas la laisser derrière moi.
Les premières années, je l’ai couvée comme une petite maman. J’étais la seule à comprendre ce qu’elle baragouinait, dans une prononciation plus qu’approximative, alors je traduisais, moi dont mes parents disaient que j’avais toujours parlé comme un livre. Je la défendais dans la cour de l’école maternelle, je lui lisais des histoires sitôt entrée au CP, et je jouais devant elle, qui regardait, qui écoutait, inlassablement.
Elle était mon public, mon élève, ma protégée, ma suivante, j’étais autoritaire, elle était impressionnable. Mais aussi très vite celle qui avait plus de force que moi, celle qui était plus hardie, et puis celle qui était plus jolie.
Celle dont on a jamais dit
qu’elle était grosse, mais qu’elle était « si bien faite ».
Celle dont on a jamais dit
qu’elle était drôle, mais qu’elle était « tellement belle ».
Celle à qui on ne demandait pas
si elle voulait devenir écrivain, mais si elle voulait devenir mannequin.
Lors des repas de famille, je faisais mon numéro. Quelques pitreries, quelques reparties bien senties, un peu d’érudition, petit singe bien dressé, qui me permettaient de m’attarder à la table des adultes, où immanquablement le silence se faisait. « Qu’est-ce que ta deuxième est belle » à l’adresse de mon père, ou de ma mère qui ne savaient que répondre. Prend-on garde à la susceptibilité d’une enfant de dix ans dont on a presque oublié qu’elle s’était glissée à cette table ?
Alors très tôt j’ai réalisé. J’étais la marrante, l’intelligente, la sérieuse, la grande, mais pas la jolie, pas la mignonne. Et les gens ont orchestré notre rivalité.
Alors très tôt, je me plantais
devant la glace le soir, et jetais à mon propre reflet:
« Tu es moche, alors sois intelligente ».
Je me souviens d’un week-end à Toulouse, en plein été, où mes parents avaient été impressionnés des comportements masculins latins et méditerranéens, à l’égard de ma sœur. Qui était si jeune, seulement dix ans, mais qui en paraissait cinq de plus. Je me souviens des hommes que nous croisions dans la foule et qui se signaient face à ma sœur, en la regardant droit dans les yeux, en lui soufflant « Mama mia ! ». En dépit de mon père qui lui tenait la main, de ma mère et de la petite en poussette à côté. Et de moi, invisible, qui n’existait plus. De ses grands yeux bleus, d’enfant effarouchée, qui ne comprenait pas. La concupiscence des hommes pour son corps de femme.
Mon père était fier des propositions des photographes d’agence de jeunes mannequins, qui l’arrêtaient en pleine rue quand il se promenait avec ma sœur de onze ans. Et il était fier de me voir soutenir, à quatorze ans, une conversation sur les relations entre Mussolini et le Vatican au restaurant avec ses amis. Il n’a jamais semblé comprendre à quel point j’aurais pu brûler tous mes livres pour ne recevoir qu’un seul compliment à mon tour sur mon physique.
De sa part, ce n’est venu que des années plus tard. Alors que j’étrennais à Noël un cadeau d’Elixir, un joli haut. Tu es belle ma fille, m’a-t-il dit en me prenant dans ses bras. Je me suis cachée pour pleurer. Parce que j’avais 21ans, et que c’était la première fois qu’il me disait cette phrase qu’il avait tant répété à ma sœur. Parce que j’avais 21ans, mais que je réalisais à quel point c’était trop tard pour moi. A quel point je n'y croyais pas, et me trouverai toujours laide, devant ma glace, sur les photos, à côté d'elle... A quel point je m’étais construite, depuis l’enfance, dans le rôle du vilain petit canard.
Toute mon adolescence, j’ai craint de ne jamais pouvoir présenter ma sœur à la personne que j’aimerais, de peur qu’elle ne m’efface à ses yeux. J’ai craint les premières fois qu’Elixir venait à la maison qu’elle ne tombe sous le charme de ma sœur, sans me rendre tout à fait compte de l’absurdité de cette phobie.
Je ne suis pas idiote, je sais que de son côté, ma sœur s’est construite en faisant face aux remarques de nos professeurs qui lui disaient sans sourciller « ta sœur c’était autre chose ! », « ta sœur était tellement brillante ! ». Pas de comparaison, s’il vous plaît, disait ma mère sèchement, tout comme elle me répondait « ce n’est pas vrai, vous êtes différentes, je refuse de vous comparer, je ne veux pas faire ça » quand je la sommais de m’avouer qu’elle aussi trouvait ma sœur tellement plus jolie que moi.
Je sais que ma sœur a souffert de
son côté aussi. « J’ai eu mon bac ! bon évidemment, pas comme toi
hein, pas de mention, et pas à l’heure, mais tu n’imagines même pas à quel
point je suis contente ! »
Mais bien sûr que si que j’imaginais, que je comprenais, lui
répondis-je. « Non justement, tu ne peux pas comprendre toi! ».
Je sais que ma sœur a souffert de
mon père aussi, et de son si dur « la mention c’est en
option ? ».
Ma sœur sait que nos parents ne
m’ont jamais regardée comme elle.
Je sais que nos parents n’ont jamais pleuré de joie sur ses diplômes.
Et nous respectons ces douleurs-là.
Nos disputes naissent encore souvent de cette rivalité, dont nous ne voulions pas entre nous, et que nous gérons difficilement parfois, et se terminent toujours, dans les bras l’une de l’autre, elle pleurant évidemment, son rôle de grande fille sensible n’est-ce pas, moi retenant mes larmes, mon rôle d’intello revêche encore…
Mais nous savons ce qui fait mal, et nous défendons l’une l’autre bec et ongle contre les paroles indélicates, d’où qu’elles viennent.
Elle est ma sœur, je suis la
sienne, dans toute la latitude possible de cette possessivité.
Et nous cherchons toujours à nous impressionner sur les terrains de prédilection qui ne sont pas les nôtres, car nous souffrirons toujours de ne pas être la jolie qu’on admire quand elle paraît, ou de ne pas être l’érudite qu’on écoute quand elle parle.
29 février 2008
Back back back!!!
Je n'ai pas de photo mais il a fait très beau. En Bretagne.
Je n'ai pas de photo, mais je peux vous dire que comme d'habitude j'ai mangé beaucoup (trop) de crêpes, des moules, et même des huïtres.
Je n'ai pas de photo, mais je peux vous dire que les soirées vannetaises, rennaise et costarmoricaines en tous genre, avec quelques vous et d'autres, étaient excellentes.
Je n'ai pas de photo, mais je peux vous dire que je suis toujours aussi impressionnées par la lucidité et l'intelligence politique des quatre vingt trois printemps d'Alice, la Mamie qui n'est pas la mienne, ou qui est peut être, sans le savoir, ma "jolie mamie".
Je n'ai pas de photo, mais j'ai ensuite passé de très agréables moments avec la Petite, descendue quelques jours à Aix en Provence avec nous, si charmante, si boudeuse, si calme, si lente, si poétique, et qui me tend avec brutalité parfois le miroir de ma propre adolescence passée.
J'ai tout de même quelques photos, des orques...


(Zoo marin Marineland - Antibes)
28 janvier 2008
Insomnia
L'insomnie m'obsède et j'ai peur qu'elle m'achève.
Une heure de "petit latin" bouclée de deux à trois puisque je m'écroulerai à six heure, cela tient presque du surréalisme, c'est pourtant récurrent.
La nuit je ne dors pas et il fait froid sous ma peau. L'envers de mes paupières me brûle et se brouille, ma tête est lourde et bascule, mais je ne dors pas. Mon corps trop souvent refuse net, en dépit de la fatigue, en dépit de l'obscurité et des lendemains matinaux, de se laisser choir, engourdir dans la torpeur et la tranquillité qui m'enlève Elixir à mes côtés. Depuis l'enfance régulièrement, mes sens opposent une résistance de principe, que je subis, à cette absence à moi-même qu'est le sommeil. Après avoir tant lutté pour rester toujours éveillée, on en arrive un jour à lutter pour encore parvenir à sombrer.
Il fait nuit depuis longtemps, mais je ne dors pas. Et pourtant je déteste cet état, cette conscience presque somnambule, terreau des angoisses les plus diffuses, et insondables, la solitude dense de la nuit, l'absence à la raison qui la rend inutile.
18 décembre 2007
Dépolissage
Je ne vous connais pas, et pourtant ici aussi, comme ailleurs, comme partout, il faut que je vous fasse croire à cette fille comme il faut, équilibrée, et qui va bien, même anonyme. Et si polie, si policée, Polysémie...
Alors qu’en vrai, je ne sais plus qui je suis.
Je me sens me perdre, je me sens m’enfoncer, et j’ai envie de hurler souvent, de pleurer toujours, de me laisser glisser contre un mur, sur mes talons, et cacher mon visage dans mes mains. Ne me reconnaissez plus, je ne suis plus. Je suis enfermée entre quatre murs, je suis pieds et poings liés, à la merci de mon ambition, à la merci de mes exigences. Des preuves, des preuves toujours des preuves. Je ne supporte pas l’échec, ni le mien, ni celui des autres.
Je ne sais pas si j’ai voulu, vraiment, en arriver là. Avec cette pression que je m’imprime, avec cette confiance insensée que les gens que j’aime placent en moi, comme si tout m’était simple, comme si tout m’était évident. Je ne me sens plus le droit d’échouer, l’ai-je jamais eu d’ailleurs ? J’ai le sentiment très oppressant de devoir aller toujours plus haut, de ne pas pouvoir m’arrêter, et de faire de moins en moins ce que je souhaitais à l’origine.
J’ai appris à parler.
Seulement à parler. Aujourd’hui, je vous le jure, je suis de ceux qui sont
capables de parler 10minutes, en deux parties, deux sous parties, et sans
préparation aucune, devant un jury, de sujets aussi variés que « la
mer » ou « la démagogie ». Je mens. Je fais semblant, je joue un
rôle. Nos professeurs sont fiers de nous voir capables de ce genre d’esbroufe.
Moi j’ai honte. Si j’avais su que c’était ça le savoir…
J’ai l’impression
d’avoir vendu mon âme. Rien n’a plus de sens. Parler et faire illusion, depuis
5ans, c’est tout ce qu’on nous apprend. Ce qui me répugne le plus, c’est que
j’y arrive. Moi qui m’étais jurée de ne jamais trahir, de ne jamais oublier
pourquoi j’apprenais tout cela, pourquoi je lisais, pourquoi je cherchais à
comprendre, moi qui m’étais juré de ne jamais oublier d’où je venais, de ne
jamais m’éloigner des miens.
Quand je rentre chez moi, on me taquine sur mon érudition supposée, on me plaisante à table toujours, en concluant « qu’est-ce que tu parles bien », je leur réponds que je ne sais faire que ça, ils ne comprennent pas, et pensent que je fais de l’esprit, encore.
Je me retrouve à Bac+5, face au premier réel échec de ma vie, avec la quasi obligation de recommencer, de me représenter, de ravaler mon orgueil et d’y retourner, face eux qui ne m’ont pas admise une première fois. Mais surtout, je me retrouve au terme de mes études avec la sensation de n’avoir aucune valeur et le sentiment invivable et obsédant de m’être trahie, de m’être perdue. Comment fait-on pour réparer cela ? Pour se réparer soi ?
Je ne sais plus où se trouve ma cohérence. Où sont mes valeurs. Celles qui étaient miennes, celles qui me fondaient. Comme c’est paradoxal, je continue de réussir devant les gens à qui j’aimerais faire comprendre que je me perds, et j’échoue face aux inconnus, les seuls, que je tente de convaincre de mes qualités. Ma crainte enfant en me projetant dans ma vie d’adulte, était de me perdre. Voilà, c’est arrivé, je suis perdue, je me suis perdue.
Je ne me libère jamais des autres, je ne me libère jamais de moi, le temps m’oppresse. A 23ans, je n’ai rien fait. Que penserait de moi la petite passionnée que j’étais il y a dix ans déjà ? Je voulais écrire. C’est tout ce que je voulais. Je voulais écrire aux terrasses romantiques des cafés parisiens, je voulais écrire dans une chambre ombragée non loin de la mer. Je ne voulais même pas aimer, même pas réussir, même pas grandir.



