13 mars 2008
Le Cahier
de Hana Makhmalbaf, avec Nikbakht Noruz, Abdolali Hoseinali,
Abbas Alijome…
« Buddha s’est effondré de honte ».
Le film commence par l’explosion. L’explosion des Buddhas
par les Talibans. Et fait sursauter toute la salle. Comme si nous ne savions
pas déjà. Comme si nous ne pouvions pas encore y croire. Tout au long du film, nous
suivons le périple d’une toute petite fille qui court après une éducation, une
liberté qu’on ne peut, qu’on ne veut lui donner, et contre des principes
barbares dont les enfants sont si jeunes empreints.
« Nous te lapiderons! » crient de très jeunes garçons. Et cela glace de les voir si savants, malgré leurs joues rondes et leurs mains d’enfants, de la façon dont ils pourront bientôt aliéner les femmes eux aussi, les torturer et les assassiner sous quelques religieux prétextes.
Ils m’ont enfermée parce que j’étais belle glisse une fillette à un moment. Résumant d’un trait toute la condition des femmes afghanes sous les Talibans.
Tout au long du (magnifique) film nous nous rappelons que cela se passe ailleurs mais maintenant.
06 mars 2008
La fabrique des sentiments
De Jean-Marc Moutout, avec Elsa Zylberstein, Jacques
Bonnaffé, Bruno Putzulu…
Je me souvenais très bien de Violence des échanges en milieu tempéré que j’avais beaucoup aimé. J’allais donc ravie, et en confiance, voir ce deuxième opus qui nous promettait un décorticage tout aussi froid de l’industrie amoureuse.
Las.
Il ne s’agit plus du même Moutout, percutant et
lapidaire.
Le film traite un sujet maintes fois vus et revus, mais
malheureusement, ne parvient pas un seul instant à en faire autre chose que ce
qui a déjà été maintes fois fait, et refait. Et que ses personnages, plus ou
moins médiocres et peu attachants, ne réussissent pas à nous rendre
intéressant.
J’ai trouvé cela long, et glauque, et facile. La fin, surtout,
tellement facile, tellement convenue, avec cette ultime fausse pirouette…Tout y
est traité à la fois, sans structure, sans profondeur. L’amour, ou pas, la
solitude, la relation à l’autre, la vieillesse, la maladie, la tromperie,
l’ambition. Rien ne semble abouti.
J’aurais du en rester à la Violence des
échanges…
01 mars 2008
Les Liens du Sang
De Jacques Maillot, avec Guillaume Canet, Clotilde Hesme,
François Cluzet, Marie Denarnaud, Carole Franck…
Les bons conseils de Pascale m’avaient incitée à aller voir
ce Policier français façon années 70 et je n’ai pas été déçue ! Il figurera
en bonne place, je pense dans mon top ten 2008.
J’ai tout aimé dans les Liens du Sang : l’analyse de la relation
fraternelle, si forte, si complexe, et tellement douloureuse. Les personnages
féminins, comme le soulignait déjà Pascale, et leurs rôles très présent. J’ai
particulièrement été marquée par Carole Franck, que j’avais déjà pu énormément
apprécié dans l’Esquive, et gouté l’apparition dans la Graine et le Mulet et
qui m’a littéralement séduite dans cet exercice noir de maquerelle abîmée.
Dans les papiers peints jaunis, les blousons de mauvais garçons, les moustaches et jusqu’au grain de la peau, j’ai retrouvé l’ambiance particulière des photos de la jeunesse de mes parents, et qui s’allie si bien au genre policier, et à l’intrigue ici présentée, toute en demi teinte, tout en dégradé de gris. Ni noir, ni blanc. Bien mieux me semble-t-il que les lumières et physiques trop épurées de nos années 2000 taraudées par le fantasme d’une société idéale. Point d’illusion en 1979, avec la crise qui sévit, et les utopies qui n’ont pas tenu le choc.
C’est un excellent film, s’il est encore à l’affiche, vous savez ce qu’il vous reste à faire !
09 février 2008
Paris
De Cédric Klapisch, avec Juliette Binoche, Romain Duris, Mélanie Laurent, Fabrice Luchini, Karin Viard, Gilles Lellouch; Sabrina Ouazani, François Cluzet, Albert Dupontel...
Paris sortira en salle le 20 février, nous l'avons vu en avant première, en présence de Klapish himself, de Mélanie Laurent et de Gilles Lellouch.
C'est le neuvième long métrage de Klapisch, et on s'éloigne résolument de l'adulescence légère de l'auberge espagnole et des poupées russes. Peut être qu'on revient aussi, finalement, à la gravité du Péril Jeune.
Par certains traits, j'ai pensé évidemment au Temps qui reste, d'Ozon, les sujets sont si proches. Mais il n'y a pas de condamnation chez Klapisch, il n'y a pas l'aspect définitif qu'Ozon développait.
En général, Klapisch n'a pas besoin de faire grand chose pour me séduire, mais là, je pense que c'est tout de même un de ses meilleurs films, pour sa tonalité notamment. Evidemment, le traitement de certains personnages dans ce film chorale est parfois inégal, et aurait mérité un peu plus d'équilibre peut être.
Mais les acteurs qui portent ce film laissent difficilement la place à quelques critiques.
Juliette Binoche notamment est merveilleuse. Tellement humaine, tellement perdue, tellement belle et séduisante sans qu'elle semble s'en douter seulement, et qui raisonne si bien face à Albert Dupontel, non moins touchant. Il y a longtemps que je n'avais été à ce point sous le charme d'une actrice. C'était de loin mon personnage préféré, avec celui de Fabrice Luchini sans doute pour ses angoisses d'universitaire solitaire. Alors certes, Luchini déclamant l'histoire de Paris sur une chaire, c'est tellement facile, mais tellement efficace. Luchini se déchaînant sur un morceau de musique, c'est du déjà vu n'est-ce pas (Confidences trop intimes), mais c'est tellement bon!
Sabrina Ouazani a un petit rôle, on ne la croise pas beaucoup, mais cette actrice me plaît énormément, elle a une brutalité dans le regard, et une douceur à la fois, je trouve, qui sont très percutantes à l'écran. Son très court duo avec l'odieux personnage excellment interprêté par Karin Viard, est irresistible!
La recette est classique, un chassé croisé de portraits de personnages tous plus ou moins attachants, sur un fond de message non moins classique, carpe diem encore et toujours. Mais ça marche ça marche ça marche, et ça me plaît, beaucoup, même sans raison.
Alors faites vous plaisir, allez-y...

23 janvier 2008
Into the wild
De Sean Penn, avec Emile Hirsch, Marcia Gay Harden...
C'est l'enthousiasme juvénile de la Petite qui m'a convaincu d'aller voir ce film.
Et je crois qu'outre la splendeur de ce chef d'oeuvre, ce qui me touche énormément, c'est de partager son enthousiasme. La Petite devient cinéphile, on dirait, et c'est tant mieux...
Le film de Sean Penn a raisonné au plus profond de moi, et tombait singulièrement au bon moment. Comme quoi les affres des jeunes diplômés ne sont pas choses si particulières. Après, il y a ceux qui les subliment, certes, et les autres, dont je suis, qui admirent seulement ceux-là.
Je ne sais pas comment vous dire d'y aller, d'y courir, d'en sortir, d'y retourner, et de vous perdre, dans la blancheur de l'Alaska, dans la violence des rapides, dans la poussière des routes, dans les regards des gens de passage, dans la force des éléments, dans la peur, dans la survie, dans la vanité de la condition humaine, et dans cette musique...
Je peux vous montrer quelques images, qui ne restituent évidemment pas les écrans à couper le souffle qui défileront sous vos yeux dans la salle, un lien, qui ne saura évidemment pas vous faire comprendre tout le bien qu'il devrait dire de lui, quelques notes... si peu de chose. Alors juste, faites-moi confiance, et faite confiance à la Petite, allez-y.
L'avis de Pascale, évidemment...



08 janvier 2008
La graine et le mulet
D'Abdellatif Kechiche, avec Habib Boufares, Hafsia Herzi, Faridah Benkhetache...
Bon, je triche un peu, j'ai vu ce film à la toute fin 2007 mais je vous le présente comme premier cinéma 2008.
C'est un film de bouches.
Les bouches qui parlent, les bouches qui mangent, les bouchent qui sourient, qui crient, qui embrassent. C'est toute la sensualité des bouches, et des ventres des femmes qui débordent sans complexe de leurs vêtements qui est mise en scène dans ce film. Au centre de l'image, en permanence, ce ne sont pas les yeux, les regards qui sont cherchés, mais bel et bien les bouches, souriantes ou aggressives, dégustant ou éructant.
Abdellatif Kechiche nous met au milieu de ces familles unies et désunies et nous fait manger avec eux, parler avec, nous en prendre plein la gueule avec eux. On retrouve aisément, en plus de quelques actrices, la verve qui nous submergeait dans l'Esquive, si ce n'est que là, loin de l'univers dramatique cette fois, on touche davantage au tragique. Le sacrifice désespéré du vieil homme face à l'absurdité des arcanes administratives qui le prémâchent d'abord, puis la violence aigüe de la détresse de sa belle fille, et enfin l'imbécile bétise des adolescents qui l'achèvent.
Entrecroisée à ce long drame, la danse du ventre de la jeune fille à la fin du film nous cloue sur notre fauteuil, et nous laisse entrevoir encore une fois le pouvoir des femmes chez Kechiche, au centre de tout, qui tenaille les hommes aux oreilles quand elles crient, au ventre quand elles nourrissent, au sexe quand elles dansent.
L'avis de Pascale, qui avait certes un bon train d'avance sur moi, comme toujours!
09 décembre 2007
De l'autre côté
De Fatih Akin, avec Baki Davrak, Tuncel Kurtiz, Patrycia Ziolkowska...
C'est un film avec des Turcs en Allemagne, et des Allemands en Turquie, un professeur turc de littérature en Allemagne qui reprend une libraire allemande en Turquie. C'est un film entre deux langues sur l'incompréhension des hommes, sur la quête, sur l'absurde et sur l'absence.
Je ne saurai dire ce qui m'a le plus touchée dans ce beau film aux miroirs croisés entre eux qui ne communiquent jamais avec celui qu'ils souhaitent, mais qui se répondent malgré tout, et sans le savoir, au travers d'intermédiaires qu'ils ignorent.
C'est aussi un film sur le pardon, et des générations qui se fuient mutuellement. C'est un film un peu désespéré, sur la douleur et l'abandon.
Tous ces personnages ont un côté tragique, au premier sens du terme, soumis qu'ils sont à une sorte de fatalité qui oriente leur vie, à laquelle ils ne tentent même pas de résister, à laquelle ils obéissent, comme conscients du sens qu'elle doit recouvrir, à défaut de le comprendre.
Pourtant, à la fin de cet entrelas de tragédies, et pour nous permettre sans doute de respirer un peu, une issue nous est offerte, alors allez-y, vous aussi.
D'ailleurs, je ne suis pas la seule à avoir aimé: l'avis de Pascale
04 décembre 2007
Faut que ça danse
De Noémie Lvovsky, avec Jean Pierre Marielle, Sabine Azéma,
Valéria Bruni Tedeschi, Arié Elmaleh…
Je n’avais pas aimé les sentiments, je crois que je n’accroche pas à la veine « comique » de Lvovsky. Mais cette comédie, à défaut de m’amuser vraiment, m’a cependant touché pour les thèmes qui y sont évoqués.
Il y a bien sûr la vieillesse et le regard de la société sur les vieux qui ne se sentent pourtant pas vieux, la folie, qui y sont traités très tendrement, très délicatement.
Mais il y a aussi cette problématique de la mémoire générationnelle, du mystère familial, des traumatismes quasi-génétiques qui y sont abordés de manière assez percutante j’ai trouvé au travers de l’histoire de cette famille juive. L’avidité de savoir du personnage de la fille, les obstacles et non-dits auxquels elle se heurte, m’ont fait me sentir très proche d’elle.
Et puis surtout, la relation entre le père et la fille. Cette terreur que la fille a de voir mourir son père, ce désespoir qu’il y a à devoir se résigner à cette certitude : je te survivrai. Cette puérilité d’un oedipe mal dégrossi, mon père ce héros, je suis ta fille et non ta femme, je ne mourrai pas avec toi, cette horreur qu’il y a à devoir dépasser les empreintes de pas du père.
28 novembre 2007
La chambre des Morts
d'Alfred Lot, avec Mélanie Laurent, Eric Caravaca, Gilles Lelouch...
Je suis allée voir ce film avant tout pour Elle, Mélanie
Laurent qui m’avait tellement émue et troublée dans le magnifique Je vais bien
ne t’en fais pas de Philippe Lioret.
Je n’ai pas été déçue dans la Chambre des Morts, qui je crois a encore accentué ma légère obsession du moment pour cette actrice. La scène de la douche à elle seule, sans qu’on voie grand chose, est d’un érotisme qui m’a fait rougir dans un film tel que celui-là.
Mais c’est un film à tiroirs, au cœur de tout cela, il y a le thriller, le
vrai, qui est lui aussi terriblement bien mené. C’est un film très noir, que le
personnage bien nommé de Lucie illumine juste ce qu’il faut. C'est très angoissant, le tout début notamment. Nous n'étions que trois ou quatre dans la salle à cette séance de 14h en pleine semaine, et j'ai retrouvé les sensations des séances quasi-quotidiennes et confidentielles des Studios à Brest... Un tel silence et une telle tranquillité sont si rares et si précieux dans les cinémas aixois...
27 novembre 2007
Le rêve de Cassandre
De Woody
Allen avec Colin Farrell, Ewan McGregor, Thomas Wilkinson...
Un thème récurrent en ce moment au cinéma, la culpabilité. Croisé tout dernièrement chez Gus Van Sant, et chez Alfred Lot (dont je vous parle bientôt : j’ai tout plein d’articles cinéma en retard).
Un ami me disait l’autre jour que les névroses d’Allen le fatiguaient, moi pas, peut être parce que j’ai un peu les mêmes que lui.
Il s’agit donc dans le rêve de Cassandre d’une histoire d’engrenage, de culpabilité et de dérapage. Tout est réuni pour faire un excellent Woody Allen à mon sens. Certes, un peu long, comme souvent, l’impression que ça ne va jamais commencer, et jamais finir. Mais tellement bon malgré tout !
J’y ai retrouvé un petit peu de l’univers de Match Point, avec l’intrusion d’un personnage d’origine populaire, ou modeste, dans les sphères plus huppées de la société anglaise, avec tout le malaise que cela peut engendrer et qu’Allen nous dépeint si bien. D’ailleurs, à bien y réfléchir, les mécanismes à l’œuvre dans le Rêve de Cassandre font écho de façon assez insistante à ceux de Match Point. Ce côté fatal de tel ou tel engrenage, qu’il s’agisse du jeu, du mensonge, ou du meurtre.
Aux amateurs du genre, je vous le conseille.



